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    Quand j’étais petite je rêvais d’être muse : amusante et muselée

    Il y a celles et ceux qui, dès la maternelle, brandissent des armes en plastique en affirmant qu’un jour ils représenteront la justice. D’autres qui squattent la dînette, à la garderie, fascinés par le monde de la cuisine ou par les travaux domestiques. Mais il faut être un enfant bien étrange pour avoir envie de rester immobile pendant des heures sous le regard inquisiteur d’un artiste. Il faut dire que, étrange, Dana l’est un peu.

    Erell Hannah et Maëlle Réat traitent les ambitions professionnelles de Dana avec beaucoup d’humour. Cette jeune femme aux cheveux rebelles et à la bouche très affirmée pose ses valises à Paris, enchaînant les conquêtes. Son seul critère est de trouver un artiste qui, par la sensibilité de son regard, pourra la mettre en valeur. Alors, elle fait le paon. Elle se pare de tenues excentriques pour coller à l’image romantisée de la muse. Les hommes félicitent sa candeur, sa spontanéité et sa liberté. Le tout sous le regard ironique des deux autrices qui s’en donnent à cœur joie pour rendre les situations burlesques.

    Mais, dès le premier coup dur, Dana se rend compte que les relations mi-professionnelles, mi-passionnelles qu’elle entretient avec ces artistes ne sont pas si stables. Ils n’ont pas besoin d’avoir pour muse une femme vieillissante avec ses doutes et ses chagrins. Et c’est alors que le récit bascule et que l’innocence quitte Dana. C’est la douche froide. Elle s’aperçoit que, dans l’histoire, les muses ne sont pas les femmes fortes et indépendantes qu’elle avait imaginées. Mais souvent de très jeunes filles, spoliées, enfermées et moralement détruites par les artistes qu’elles ont servis.

    Erell Hannah et Maëlle Réat possèdent un véritable talent : elles ont su tirer le meilleur du potentiel comique de leur sujet. Quand j’étais petite, je rêvais d’être muse fait partie de la sélection Pop Women 2026, qui met en valeur des œuvres, notamment pour leur « ton et leur regard affûté sur notre époque ». Et c’est exactement dans cet esprit que s’inscrit leur album, prouvant, s’il le fallait encore, qu’engagement et humour ne sont pas antinomiques. Elles dressent un portrait très réussi, mais pas forcément agréable à regarder, du monde de l’art qui, encore aujourd’hui, objectifie la femme et la dévalorise par rapport aux hommes.

    Cheyenne Quévy
    Cheyenne Quévy
    Responsable littérature

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    Quand j'étais petite je rêvais d'être museScénario : Erell HannahDessin : Maëlle RéatÉditeur : CastermanDate de parution : 26 aout 2026Genre : Roman graphique Il y a celles et ceux qui, dès la maternelle, brandissent des armes en plastique en affirmant qu’un jour ils représenteront la justice....Quand j’étais petite je rêvais d’être muse : amusante et muselée