La justice sociale par le truchement de l’alimentation, voilà le thème de la journée du 18 qui s’est déroulée entièrement à la Bellone. En ouverture, une discussion autour d’initiatives qui veulent réinventer nos manières de produire, distribuer et consommer la nourriture. Manger est un besoin, bien manger est en enjeu politique dont il faut s’emparer afin qu’en tant qu’individu, nous puissions reconquérir un terrain largement colonisé par des logiques capitalistes. En préambule, quelques clichés sont démontés, notamment celui qui assure qu’on a le choix de ce qu’on mange. Ce qui est faux bien sûr, le choix est conditionné par notre situation socio-économique, notre situation géographique ainsi que par le marché. Trois approches sont présentées durant cette discussion. Fanny Campion représente l’ASBL Cuisines de Quartier qui soutient et fédère des groupes locaux désirant mutualiser la cuisine (à la fois les ingrédients et l’acte même de cuisiner), Clara Dinéty pour la Ferme du Chaudron qui elle s’attaque à la production locale et souveraine et enfin Jonathan Peuch pour le Collectif de Création et d’Action pour une Sécurité Sociale de l’Alimentation.
Le temps de midi est porté par les femmes de l’occupation du Bonheur. Chaussée d’Alsemberg, une cinquantaine de femmes, avec leurs enfants, occupent un immeuble et ancrent de manière concrète leurs luttes et leurs revendications en cuisinant ensemble et en proposant par la suite leurs plats lors d’événements. Le festival collaborant depuis 4 ans avec ces femmes-là, il était logique qu’elles soient présente dans cette édition pour nourrir participantes et participants.
Une fois l’estomac plein, c’est un moment de digestion doux qui est proposé avec le temps de l’ataya. Ataya, en wolof, signifie thé. Et pas seulement, c’est avant tout un temps qu’on prend pour le préparer. Sa préparation rythme les journées, il rassemble, il se fait la raison de longues discussions aussi. Thierno et Taslim, deux membres de la Voix des Sans Papiers, collectif qui voit le jour en 2014, nous ont partagé leurs techniques pour faire mousser le thé tout en nous parlant l’air de rien de leur rapport à la nourriture. En centre fermé, tout est fait pour couper tous liens sociaux et couper les personnes de leur régime alimentaire est un de ces moyens. Tandis que Thierno et Taslim versent et reversent le thé dans les verres, ils nous racontent le plaisir qu’ils ont eu à trouver des compatriotes avec qui partager l’ataya. Déracinés, trouver de quoi boire et manger comme chez eux devient une nécessité pour survivre. Ce moment tout en lenteur est riche et touchant, et est surtout une très jolie façon de nous parler de cette problématique peu mise en avant.
Se remplir le ventre et se remplir la tête, avec cette journée, FAME réaffirme sa volonté de faire converger les luttes et les arts, faisant en sorte de connecter les unes et les autres. Cette journée est aussi l’occasion de mettre en exergue les enjeux fondamentaux qui tendent nos manières de nous nourrir et ce qu’elles disent de nous. À la fois besoin vital et besoin social, l’acte de manger et boire n’est pas anodin et mérite bien tout un festival pour en parler.
Plus d’infos sur le festival : https://famefestival.be/fr/
