
Pillion
Réalisateur : Harry Lighton
Genres : Comédie, Drame, Erotique, Romance
Acteurs et actrices : Harry Melling, Alexander Skarsgård, Douglas Hodge
Nationalités : Grande-Bretagne, Irlande
Date de sortie : 4 mars 2026
En adaptant le livre Box Hill d’Adam Mars-Jones, le réalisateur britannique Harry Lighton signe un premier long métrage mêlant culture BDSM à un humour résolument anglais. Porté par un duo d’interprètes aussi insolite qu’attrayant, Pillion se révèle moins comme une tentative de provocation que comme la chronique sensuelle d’un premier amour à sens unique lancé à pleine vitesse sur une route sinueuse.
Un motard casqué fonce à toute allure dans la nuit avant de dépasser la petite voiture où est installé Colin (Harry Melling), un jeune homme réservé qui travaille le jour comme gardien de parking. Si sa famille se montre aimante et encourageante — sa mère (Lesley Sharp) allant même jusqu’à lui présenter des hommes de son âge — Colin n’est pas connu pour être un aventurier. Lorsqu’il rencontre Ray (Alexander Skarsgård), un biker aussi beau que peu loquace, la vie de Colin s’engage sur la piste d’accélération. Bien que Ray n’ait aucune intention de lui passer la bague au doigt, il n’hésite pas à lui passer une chaîne autour du cou, faisant de Colin son soumis et l’exhibant auprès de sa bande de potes, juchés sur leurs bécanes et vêtus de cuir.
Harry Lighton raconte ici une rencontre puis une relation nuancée, dans laquelle les deux protagonistes n’avancent pas au même rythme. Ray mène sa vie à grande vitesse, à l’image de son bolide, tandis que Colin recherche une forme d’intensité, traduite à l’écran par des scènes de ralenti où ses sentiments prennent de l’ampleur. La dynamique de domination et de soumission s’installe d’abord sur un mode pleinement consenti : Colin se montre docile et satisfait, et Ray expose très tôt les conditions de leur vie à deux. Nulle volonté ici de choquer ou de verser dans le mélodrame. Les scènes plus sensuelles, parfois maladroites, parfois érotiques, ponctuent le récit et accompagnent l’évolution du lien entre les personnages de Melling et Skarsgård. En termes de représentation, même la culture biker et BDSM sont montrées sous un jour différent, comme un espace dans lequel Colin s’épanouit et se révèle.
Mais cette dynamique rencontre un jour ses limites, lorsque la vie et ses épreuves rattrapent le jeune soumis, qui comprend peu à peu son besoin d’aimer et d’être aimé sans conditions. C’est à cet endroit que le film trouve sa force. Harry Lighton dresse alors le portrait intime d’un premier amour, partagé ou non, où le personnage principal doit s’affirmer au risque de se perdre en chemin. Harry Melling est ici tout prêt à l’emploi et livre un personnage gay un peu gauche et terriblement attachant, dont le récit aurait largement mérité une Queer Palm à Cannes en mai dernier. Pillion a de quoi figurer parmi les films les plus “chauds” de l’année, mais c’est sa sincérité qui finit par l’emporter.
