Petit Paysan, le malheur est dans le pré

Petit Paysan

de Hubert Charuel

Drame

Avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners, Isabelle Candelier, Jean-Paul Candelier

Sorti le 18 octobre 2017

Présenté dans la sélection de la Semaine de la Critique lors du dernier Festival de Cannes, le premier film d’Hubert Charuel a été assez inexplicablement défendu à l’unanimité par la critique française, et nul doute que cet engouement se prolongera dans nos frontières. Nous voici donc devant un authentique cas d’hallucination collective, au sein duquel le critique en manque de sensations et d’émotions se met à plaquer des intentions et de l’invention là où ne se trouve qu’un ersatz de téléfilm « conscientisant » qui mêle à qui mieux mieux drame social, comédie vaudevillesque et piste fantastique esquissée mais jamais développée.

Pour ce premier long métrage, Hubert Charuel s’attaque bien évidemment à un sujet qui lui tient à cœur, qu’il a vécu de l’intérieur, puisque le fils et petit-fils d’agriculteurs qu’il est a choisi d’intituler son film Petit Paysan et donc de s’intéresser au quotidien de Pierre, éleveur de vaches laitières, qui, lorsqu’il décèle le début d’une maladie épidémiologique dans son troupeau, fait tout pour la dissimuler afin d’éviter de perdre la totalité de ses bêtes.

Dès les premières minutes, il ne fait aucun doute que le ton adopté par Hubert Charuel, sa mise en scène et sa direction d’acteurs, ne conviendront absolument pas au sujet qu’il veut traiter et surtout, qu’ils empruntent à une stylistique aplanissante que l’on s’attend plus à retrouver dans un téléfilm où une comédie « du milieu » – c’est-à-dire ne bousculant pas trop le bourgeois et sans invention formelle – que dans un film d’auteur autoproclamé. L’air concerné de Swann Arlaud et la gouaille franchouillarde de Sara Giraudeau enfoncent le clou le film à peine entamé et annoncent la panoplie de situations attendues qui vont suivre.

S’autorisant à alterner des scènes de comédie de famille, ressemblant comme deux gouttes d’eau à du théâtre filmé, et des séquences se voulant réalistes – mais tout de même mâtinées d’une musique « atmosphérique » destinée à sursignifier le malaise –, le film atteint des sommets d’obscénités lorsque il montre sans recul la dépouille d’un animal mort juste après avoir « bien fait rire » son spectateur avec une scène de comédie bourgeoise.

Et si l’on ne saurait accuser Hubert Charuel de mépriser les personnages qu’il a créés ni encore moins les membres de sa famille qu’il emploie en tant que comédiens non-professionnels (son père et son grand-père), la manière dont il les fait interagir avec les comédiens professionnels recèle un certain paternalisme assez désagréable, particulièrement flagrant lors de la première scène entre Swann Arlaud et Jean Charuel, dans laquelle l’acteur « pro » semble regarder de haut et avec une « tendresse » pas très éloignée de la condescendance ce « non-acteur » à qui il accepte de donner la réplique comme un maître à son élève. On est à mille lieues de la méthode établie par Bruno Dumont, notamment dans Ma loute, qui permet de mettre tous les acteurs – pros et non-pros – sur un parfait pied d’égalité.

En fait, le principal défaut de Petit Paysan – et qui englobe tous les autres – est de ne pas avoir su trouver la bonne méthode, la bonne manière de regarder le milieu, les personnages et le sujet qu’il aborde, d’avoir cédé aux canons inconsciemment balisés d’un cinéma d’auteur « mainstream », forcément déterminé socialement. Comme si, en voulant « bien faire », Hubert Charuel avait perdu sa spécificité en tant que personne, ce qui le détermine socialement et humainement, pour devenir ce qu’un cinéma supposément accessible attendrait de lui.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine