Papa was not a Rolling Stone de Sylvie Ohayon

papa was not a rolling stone affiche

Papa was not a Rolling Stone

de Sylvie Ohayon

Comédie dramatique

Avec Doria Achour, Aure Atika, Marc Lavoine, Soumaye Bocoum, Rabah Naït Oufella

Sorti le 5 novembre 2014

À peine a-t-on fini de digérer le dernier Céline Sciamma Bande de filles, que Papa was not a Rolling Stone de Sylvie Ohayon, adapté de son roman autobiographique du même nom, sort sur nos écrans. Le premier long-métrage de la romancière, à défaut de ne pas promettre le chef-d’œuvre de l’année partait a priori avec cet avantage de porter un regard de l’intérieur sur la cité des 4000 où elle a grandit. Bien que cette première adaptation appelle à l’indulgence, les maladresses qui s’y accumulent en font un mauvais téléfilm pour adolescentes.

Stéphanie dit “Fifi” (Doria Achour), grandit dans les années 80 au sein de la cité des 4000 à La Courneuve. Née par accident d’une mère juive (Aure Atika) et d’un père kabyle qu’elle n’a jamais connu, elle subit les coups d’un beau-père violent (Marc Lavoine) qui la reconnaît par dépit. Elle s’évade alors grâce à la danse, la lecture, Jean-Jacques Goldman et l’amour de sa grand-mère ainsi que de sa meilleure amie Fatima. Son rêve : quitter la cité et vivre enfin libre à Paris, loin du ghetto.

“Tu m’as pissé de la morve dessus ?”. Le film vient à peine de démarrer que le ton est donné. Stéphanie est conçue à l’arrière d’une Renault R8 dans les années 70 à la sortie d’une discothèque sans qu’il y ait eu “pénétration” (religion oblige). Ironie du sort : le spectateur reste lui aussi impénétrable face à la succession de répliques se voulant cinglantes, mais finissant toutes inexorablement dans le caniveau comme des papiers de Carambar. Sylvie Ohayon manque de subtilité et le langage de la cité des 4000 tourne à la caricature, voire à la moquerie. Maladresse ou condescendance, le résultat est le même : les camarades de Stéphanie sont réduits à de pauvres analphabètes à la limite du handicap mental et la réalisatrice semble oublier que les années 80 ne se résument pas au verlan, aux “zy-va” et aux polos Lacoste, et fait l’impasse totale sur la culture venant des “tiékars”. Un acte manqué plutôt gênant lorsque la passion de Stéphanie après Jean-Jacques Goldman est justement la danse moderne.

Un Dos Tres à la Courneuve. Stéphanie prépare une audition pour être danseuse à la télévision aux côtés de Jean-Luc Lahaye. La réalisatrice confond simplisme et modestie et tombe dans l’intrigue de telenovela : audition de danse, amourette naissante, avortement, bac à la fin de l’année… bref, tout y passe. À trop vouloir charger dramatiquement son film par l’écriture, la réalisatrice en oublie la mise en scène. Doria Achour, qui joue le rôle de Stéphanie, est convenable mais un peu maniéré. Marc Lavoine arrache une interprétation potable en beau-père violent facho mais manque de finesse. Aure Atika en mère irresponsable et lunatique (voire parfois schizophrène) ne laisse pas un très grand souvenir, et enfin on regrette que le professeur de danse interprété par Sylvie Testud ne soit pas plus présent car elle apporte au film une sobriété qui permet la respiration.

United Colors of 4000 clichés. Papa was not a Rolling Stone n’a pas un mauvais fond, mais les valeurs prônées (le respect, la famille, l’amitié, l’abnégation) le sont de manière si maladroite que le spectateur finit par confondre premier et second degré. Les personnages, leurs attitudes, les situations manquent si cruellement de naturel que le spectateur se retrouve avec cette impression d’avoir survolé une cité bien trop superficielle pour qu’on s’y attache. Le film de Sylvie Ohayon se termine sur une morale avec des relans de vieille France du mérite et oublie de remettre en question le système d’ascenseur social “bloqué au rez-de-chaussée et qui pue la pisse”.

A propos Nathanael Sakai 13 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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