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    Orchestre vide, longing for you : quand la nostalgie nous lie

    Dans un décor évocateur des salles de karaoké, mais jouant aussi avec les hauteurs de la grande cage de scène du Théâtre Varia, on entre en salle et c’est un événement insolite : l’ambiance est déjà à son comble. Le karaoké est bien là, on ne nous a pas dupés. Les spectateur·ice·s complices se succèdent pour chanter les classiques du répertoire « karaokéen », dans cette effervescence qui frôle parfois la fausseté mais où la justesse se niche dans les cœurs qui s’embrasent en chantant.

    Orchestre vide, longing for you, joué au Théâtre Varia du 16 au 24 avril, est donc un moment qui place l’esprit populaire et chaleureux du karaoké au centre de la scène. On se demande si, ou quand, la représentation commence — ou si elle a déjà commencé. Les lumières changent, les services s’éteignent et l’espace scénique se définit. Les spectateur·ice·s, installé·e·s en bi frontal sur scène, mais aussi à de petites tables sur le plateau (ou dans les gradins pour les autres), se retrouvent à être témoins — ou à prendre part, selon les moments — de ce que vont délivrer les cinq interprètes présents dans le projet d’Habib Ben Tanfous et FiNEK.

    D’abord animateur·ice·s de karaoké, les chanteur·euse·s et danseur·euse·s livrent des tableaux pensés presque comme des numéros de cabaret, à travers lesquels se déploient esprit choral et nostalgie. Chacun·e a son moment, plus ou moins solo, où émotion et libération font la part belle aux fragilités. Mais n’est-ce pas cela, après tout, le karaoké : accepter de se lâcher, se montrer dans ses parts les plus vulnérables, et même y prendre un certain plaisir libérateur ?

    « Karaoké », littéralement « orchestre vide » en japonais, fait exploser les cadres, déborde, et laisse s’échapper par les corps ou les voix ce qui est trop souvent tu ou gardé à l’intérieur. Alors, quand le public est invité à rejoindre la scène pour danser un slow, l’image est forcément saisissante et débordante de douceur. Et c’est la force du spectacle : il est, dans sa représentation même, un élément fédérateur, pensé pour créer un espace d’éclosion, de rire et de partage.

    Malgré une entrée en matière et un final réussis, le centre de l’œuvre peine à garder le rythme. Peut-être trop long, ou pas assez défini, ce voyage musical perd en intensité par moments, rendant l’ensemble inégal et pas toujours facile à suivre. Cependant, cet espace performatif a le mérite de prendre le temps et de ne pas gommer les failles et les moments imparfaits, et c’est en ça que l’œuvre trouve son geste politique. La promesse est bien tenue et la représentation embrasse sa propre vulnérabilité. La beauté de certains tableaux est à noter, et les interactions aussi : on sent la joie collective qui émane de la troupe. On pensera notamment au chant polyphonique exécuté avec maîtrise par les interprètes, dans un moment suspendu où iels entonnent, disposé·e·s sur une pile d’enceintes, une reprise de la chanson Because des Beatles. Mention spéciale pour la scène finale, lorsque Ludovico Palladini dévoile cette vulnérabilité qu’il traite avec virtuosité et humour dans un solo touchant. Quelques lourdeurs, donc, mais c’est peut-être aussi ce qu’Orchestre vide, longing for you cherche parfois à désacraliser ou à montrer. Même les moments embarrassants ont leur poésie.

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    Co-écriture de plateau et interprétation Habib Ben Tanfous, Adeola Slayers, Elise Ludinard, Ludovico Palladini, Thi-Mai Nguyen Chorégraphie, conception, mise en scène Habib Ben Tanfous Du 16 avril au 24 avril 2026 Au Varia Dans un décor évocateur des salles de karaoké, mais jouant aussi avec les hauteurs de la...Orchestre vide, longing for you : quand la nostalgie nous lie