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    Olympe de Gouges : Et si Voltaire était une femme ? 

    Dans son livre, Cécile Berly a le privilège de faire découvrir cette femme à la fois connue pour cette « déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » et pour avoir été guillotinée en 1793, à 45 ans. Les enjeux de l’ouvrage sont clairs, exprimés en préambule : Voltaire est l’homme du siècle, le philosophe des Lumières, pourquoi Olympe de Gouges ne pourrait pas être considérée comme la femme de ce même XVIIIe siècle, la philosophe de ce même mouvement ? Elle va donc tracer en parallèle la vie de ces deux personnalités importantes qui vécurent ce siècle mouvementé qui vit basculer l’histoire de la France et de l’Europe. 

    Si Cécile Berly revient constamment sur la question du féminisme, en étant consciente qu’il est compliqué de qualifier quelqu’un de féministe alors que le mouvement n’existait pas encore à l’époque, la lecture de ce livre pose question. Pourquoi, dans le fond, vouloir absolument nous faire croire qu’Olympe de Gouges était l’autre Voltaire ? Parce que tandis qu’elle compare leurs trajectoires respectives, on ne peut qu’être dubitatif. Voltaire était un homme adoubé de son temps, auteur de plusieurs livres, mort à plus de 80 ans, qui vécut les honneurs dans sa vie et dans sa mort. Olympe de Gouges, parce qu’elle était une femme, mourut assassinée, vilipendée, eut du mal à mettre en scène ses pièces durant son vivant, écrivit principalement de courts pamphlets, des bulletins qu’elle publiait sur les murs de la ville. Olympe de Gouges n’était pas « l’autre Voltaire ». 

    Cécile Berly critique les personnes qui cherchent à démolir les statues de Voltaire aujourd’hui pour ses liens avec les plantations d’Outre-mer. On pourrait se demander si cette volonté de fondre Olympe de Gouges dans la trajectoire de l’écrivain ne rejoue pas les mêmes mécanismes de relecture parfois biaisés du passé avec des yeux d’aujourd’hui. Il me semble qu’elle démontre assez bien, peut-être même sans s’en rendre compte, qu’Olympe de Gouges n’est pas Voltaire. Cependant, de par sa trajectoire unique, ses prises de position tranchées et ses écrits qui nous sont parvenus, elle est devenue avec le temps un personnage historique important, une figure clé du féminisme. Si elle doit être panthéonisée, ce n’est pas parce qu’elle serait l’autre Voltaire, c’est parce qu’elle est Olympe de Gouges, une femme qui a défendu les autres femmes et les esclaves à travers des textes d’un remarquable avant-gardisme. Elle serait ainsi reconnue à sa juste valeur des dizaines d’années après sa mort sanglante. 

    Il faut louer la connaissance de Cécile Berly de l’époque en question, elle qui a déjà écrit une dizaine d’ouvrages sur Marie-Antoinette, notamment. On est heureux, des années après être sorti du cours de français de l’école secondaire, de se replonger dans la vie des philosophes des Lumières et ces années de déflagration politique, terrible, révolutionnaire. Olympe de Gouges nous parvient aujourd’hui malgré la haine des femmes qu’elle a subie, parce qu’elle était femme, intelligente, écrivaine, philosophe. Une force de la nature, bâtarde (ce que personne n’ignorait et ce qui n’arrangeait pas sa vie). Elle était fille d’un dramaturge, mère d’un enfant qui la renierait à sa mort, autrice de pièces de théâtre. 

    Cependant, le livre donne un goût de trop peu. Voltaire, qu’on redécouvre, y occupe beaucoup de place. Condorcet également, et tous les autres. Cécile Berly, dès qu’elle en a l’occasion, nous présente ces grands auteurs, et délaisse trop souvent cette illustre femme. L’autrice a aussi ce « mauvais » goût de terminer par le mouvement « Femme, vie, liberté », en comparant le combat des femmes iraniennes avec celui d’Olympe de Gouges, mêlant un peu tout de manière maladroite (ne pouvait-elle pas parler des droits des femmes en France qui ne sont toujours pas égaux aux hommes ? Pense-t-elle que le féminisme est acquis ?), souhaitant la disparition du voile, de tous les voiles, ce qui est une drôle de relecture « féministe » de la déclaration d’indépendance de la femme. Cet ouvrage vaut néanmoins la peine d’être lu pour donner envie d’en savoir encore davantage sur Olympe de Gouges, et aussi de relire des ouvrages sur son époque folle. 

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    Titre : Olympe de GougesAuteur : Cécile BerlyÉditeur : Passés composésDate de parution : 3 septembre 2026Genre : Biographie Dans son livre, Cécile Berly a le privilège de faire découvrir cette femme à la fois connue pour cette « déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » et...Olympe de Gouges : Et si Voltaire était une femme ?