Olli Mäki, l’anti-Rocky finlandais

Olli Mäki

de Juho Kuosmanen

Biopic, Romance

Avec Jarkko Lahti, Oona Airola, Eero Milonoff, Joanna Haartti, Esko Barquero

Sorti le 11 janvier 2017

Lauréat du prix Un Certain Regard lors du dernier Festival de Cannes, le premier film de Juho Kuosmanen arbore d’une part l’allure d’un film de festival dans sa maîtrise, dans son noir et blanc léché et intimiste, mais peut d’autre part s’avérer déceptif pour ceux qui y chercheraient un film d’auteur à portée lourde – dans tous les sens du terme. Le film s’avère en effet aussi léger que son héros, le boxeur poids plume finlandais, Olli Mäki.

En 1962, l’entourage de ce boxeur amateur a l’idée saugrenue de le proposer comme challenger au champion du monde poids plume du moment, l’américain Davey Moore. Tandis qu’Elis, manager et ami d’Olli, tente d’en faire une légende en tournant un documentaire sur lui, le boxeur à quelques semaines pour perdre des kilos en trop afin d’atteindre le poids réglementaire pour la catégorie plume. Mais alors que l’on s’active autour de lui, Olli n’a d’yeux que pour son amoureuse Raija, au point de minimiser totalement l’enjeu du match qui se prépare.

En choisissant de porter à l’écran cet épisode anecdotique et peu glorieux de l’histoire du sport finlandais, Kuosmanen prend d’emblée le parti de l’intimisme et ses distances avec le film de boxe proprement dit. Ceux qui attendraient un film sportif avec entraînement, montée en puissance et match en guise de climax seront irrémédiablement déçus par le film, tant l’enjeu de celui-ci est à mille lieues de ces considérations. Ces passages obligés sont pourtant bel et bien là, mais ils ne constituent jamais le centre de l’intrigue ou du cadre. Tout comme le regard d’Olli Mäki est constamment dévié vers sa petite amie Raija, celui du cinéaste est lui aussi continuellement orienté vers cette amourette – qui se transforme en amour puis en relation.

Le sujet central de Olli Mäki n’est pas la boxe, mais le choix d’un homme qui décide de changer de cap en cours de route : alors que son but premier est de livrer le mieux possible un combat – et idéalement de le gagner – il glisse imperceptiblement vers une autre voie pour mener à bien, en lieu et place, une relation amoureuse. Le film aligne dès lors sa forme sur son fond et dévie, lui aussi, du programme qu’il semblait devoir suivre, en glissant assez vite et ouvertement de l’embryon d’un film sportif à la chronique d’une romance ordinaire.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine