
Olivia
Réalisatrice : Irene Iborra
Genre : Animation
Acteurs et actrices : Ona Bagué, Jordi Évole, Gaspard Rouyer
Nationalités : Espagne, France, Belgique, Chili
Date de sortie : 11 février 2026
Prix de la Fondation Gan à Annecy, projeté lors de nombreux festivals (à Bruxelles, après le Filem’On, il sera à Anima), ce long-métrage d’animation jeune public adapté du roman La Vie est un film de Maite Carranza aborde des thématiques sensibles pour les traiter avec justesse et bienveillance.
Olivia est une jeune fille de douze ans qui voit sa vie brutalement chamboulée par la précarité. Malgré l’incertitude du quotidien, une mère qui accuse le choc et un changement forcé de domicile, elle prend la responsabilité de protéger son petit frère Tim de leur situation critique : tout ce qui se passe, ce n’est que le tournage d’un film ! Heureusement, leur nouvelle adresse devient l’occasion de faire des rencontres : grâce au voisinage de son nouveau quartier, elle va non seulement découvrir la débrouille, mais aussi que les problèmes les plus lourds n’ont pas à être portés en solitaire.
Peu abordée auprès des plus jeunes, Irene Iborra Rizo et Maite Carranza s’emparent de la problématique du déclassement social et de ses répercussions en cascade afin d’en déconstruire les préjugés et d’offrir des pistes pour combattre le sentiment d’impuissance. Il est aussi question de sensibiliser à une situation difficile susceptible de concerner des proches ou, à l’instar de la meilleure amie en début de film, des camarades de classe.
En laissant une place importante au contrecoup émotionnel des personnages, la réalisatrice ajoute par ailleurs une profondeur supplémentaire à leur expérience, entremêlant les aléas de la vie et leurs impacts sur la santé mentale. Les tremblements de terre durant lesquels l’héroïne perd littéralement pied sont une évocation poétique de l’anxiété qui l’envahit, probables crises de panique surgissant de l’instabilité grandissante de son quotidien. En parallèle de la mention plus directe de la dépression, c’est une représentation touchante de ressentis complexes qui concernent aujourd’hui de plus en plus de jeunes. En les partageant, la jeune fille retrouve un ancrage plus serein dans le présent, transformant l’amitié en moteur d’action qui libère de la tétanisante anticipation de l’avenir.
Et le meilleur atout de l’histoire pour donner corps à l’intériorité d’Olivia, rendre tangibles ses émotions comme son imaginaire, c’est la stop-motion. La matière les incarne, elle donne à ressentir chaque objet, chaque matériau. Elle offre un caractère sensoriel unique et engageant, tant aux personnages qu’aux décors urbains, aidée par un bruitage efficace et des lumières oniriques. L’éclectisme joyeux des textures rend compte de l’imagination libre du groupe d’enfants, qui leur permet de réenchanter leur quotidien, comme de la très riche solidarité populaire du quartier de « la rue du futur ». Ses murs couverts d’affiches colorées et de graffitis revendicatifs y sont la représentation discrète mais constante, à l’arrière-plan, de la mobilisation sociale locale, en particulier pour le droit au logement. La proximité entre les appartements des familles relogées, suggérée par les bruits de voix qui traversent les murs, est à l’image de celle entre habitant·es : les liens s’y nouent d’autant plus étroitement.
La longue collaboration inhérente à la création cinématographique et en particulier à l’animation stop-motion infuse dans le ton léger qui illumine l’ensemble et dans sa célébration de l’entraide, toutes générations confondues. En adoptant le point de vue de la jeune héroïne, le film ne se contente pas de rendre accessibles des notions graves et complexes (la violence des procédures d’expulsion, la maladie mentale…), il s’exprime également depuis la position des plus vulnérables : les enfants. Olivia est un message d’espoir assumé à leur intention, qui résonne jusque dans nos vies d’adultes.
