OHME questionne la vérité et nos croyances avec Tell all the truth but tell it slant

Affiche Tell all the truth but tell it slant

Crée en 2017 OHME est une organisation de production regroupant des chercheurs, des scientifique et des artistes visant à créer de nouveaux ponts entre ces disciplines. Leur nouvelle exposition Tell all the truth but tell it slant, se veut multidisciplinaire et interactive. L’exposition aborde le thème de la vérité par le biais de différentes approches, d’interprétations, de remises en question et de différentes perspectives, sans avoir la prétention d’y apporter des réponses.

Le point de départ de l’exposition peut partir d’une simple question : comment savons-vous que nous savons quelque chose? Un vaste sujet qui touche à différents domaines tels que la science, la religion, l’immatériel, la philosophie ou encore l’art. Occupant les scientifiques, artistes et philosophes depuis des décennies, le recherche de la vérité continue de fasciner. Cependant, depuis quelques années, les réseaux sociaux et l’avancée des nouvelles technologies offrent une nouvelle perspective; celle des fakes news et des deepfake.

Cartographie des concepts

Mathilde Boussange, illustratrice et graphiste française, réalise une oeuvre spécialement pour l’exposition. Land of the (un)know (un)knows est une carte fictive et ludique de différents éléments parfois complémentaires et parfois totalement opposés. Dans un style très graphique les idées se matérialisent. La carte est divisée en différentes terres, la subjectivité, les croyances, la recherche, l’histoire, l’apprentissage, etc. D’autres notions et idées sont placées, souvent avec humour, l’île de la connaissance est en constante construction, la mer des mythes regroupent le monstre du Loch Ness, le triangle des Bermudes et le navire d’Ulysse. L’oeuvre offre une bonne entrée en matière pour l’exposition.

Land of the (un)known (un)knowns, 2023 © Mathilde Boussange

L’image de soi et les deepfake

S’intéressant au rôle qu’ont les technologies dans la représentation de soi, l’artiste britannique Gillian Wearing questionne son image. Mélangeant son visage et ses cheveux aux corps de différentes personnes, elle crée de nouveaux êtres humains composites avec Wearing Gillian. Réalisée en collaboration avec l’agence de publicité Wieden+Kennedy, l’oeuvre utilise une intelligence artificielle pour reproduire le visage de Gillian sur des masques numériques portés par ses différents invités. A cette vidéo s’ajoute une série de photographies représentant l’artiste vieillie à différents âges de sa vie, qu’elle n’atteint parfois même pas encore. Posant la question de l’identité et de l’image de soi, de la copie et du mensonge, l’oeuvre de Gillian Wearing s’approche de l’idée nouvelle des deepfake.

Le duo d’artistes Bill Posters et Daniel Howe reprennent ce principe de fausse image pour créer une vidéo regroupant différentes personnalités célèbres tenant de propos contradictoires vis-à-vis de leurs fonctions. Cette vidéo est devenue virale sur le net en 2019, entrainant une couverture médiatique mondiale et un questionnement générale sur l’avancement inquiétante de ces nouvelles technologies.

Wearing Gillian (c) Gillian Wearing

Entre réalité et virtualité

Richie’s Plank Expérience est une oeuvre interactive en réalité virtuelle de Toast, une équipe de développeurs de jeux vidéo basée en Australie. Le visiteur est virtuellement emmené au sommet d’un building, à 160 mètres de hauteur et est invité à marcher en équilibre sur une planche de bois. Véritable mise au défi, questionnant la relation entre notre savoir et notre ressenti. L’esprit ne sait plus quoi croire, le monde virtuel pouvant offrir les mêmes réactions corporelles et mentales que le monde réel. Encore plus fascinant, des études neuroscientifiques ont prouvés que les réactions émotionnelles et physiques ressenties s’installent dans la mémoire comme étant réelles en étant stockés comme de véritables souvenirs dans la mémoire à long terme.

Richie’s Plank Experience, 2016 © TOAST

Tell all the truth but tell it slant est une exposition bien ancrée dans son temps. Le collectif OHME aborde des questions très intéressantes autour des notions de vérité. L’interactivité de certains oeuvres intègre encore plus le visiteur dans l’exposition. Il est impossible à l’heure actuelle de ne pas se questionner autour des notions de réalité, de déformation des images et des sons ou encore d’informations mensongères. Tell all the truth but tell it slant est à voir absolument et permet d’approfondir ces questionnements et de tenter d’y trouver des réponses, chacun face à son ressenti.

  • Ou? Face B, 18 rue Lebeau 1000 Bruxelles
  • Quand? du 26 mai au 09 juillet et du mercredi au vendredi de 14h à 19h, les samedi et dimanche de 11h à 19h
  • Combien? 5€ 
A propos Anaïs Staelens 67 Articles
Responsable de la rubrique Arts/Expos Journaliste du Suricate Magazine