
Nyota, les enfants Lumière
Réalisateur-trice : Vanessa Kabwela et Idriss Gabel
Genre : Documentaire
Nationalité : Belgique
Date de sortie : 20 avril 2026
Loin de leur village d’origine, des enfants marqués par les violences de la guerre au Congo partagent leurs témoignages. Parmi eux, Chantale et Paulin, frère et sœur nés d’un viol, échangent leurs espoirs et leurs interrogations par rapport à cette mère absente. Dans cet orphelinat dirigé par la sœur Clothilde, les jeunes apprennent à se reconstruire et à s’entraider, formant une famille à part entière qui grandit dans l’amour et la résilience.
Trois années durant, Idriss Gabel (monteur de Thierry Michel pour Katanga Business ou L’Homme qui répare les femmes) et Vanessa Kabwela (Congolaise et journaliste de formation) ont apprivoisé un orphelinat au cœur du Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo. Cette zone, actuellement occupée par le M23, renferme des secrets difficiles à entendre. Le documentaire a manqué de s’intituler Les enfants serpents, une appellation désignant les enfants issus d’un viol de guerre. Pourtant, dans l’orphelinat, une émotion surpasse toutes les autres : la résilience. Nyota, qui signifie « étoile » en swahili, est d’une évidence pour qui part à la découverte des images et des discours de ces enfants victimes de la guerre.

Comme pour apaiser les témoignages terriblement déchirants des enfants, les dessins de ceux-ci viennent tempérer l’écran. Ils agissent comme un calendrier éphémère célébrant la mémoire du passé et les joies du présent. De grandes fresques colorées à la craie illustrant des soldats tirant sur des parents se métamorphosent en un joyeux message de fêtes de fin d’année, après le nettoyage méticuleux du grand mur de la cour. La couleur et la joie, ce n’est pas ce qu’il manque dans l’orphelinat de la sœur Clotilde. Cette femme, qui s’est exilée de son couvent pour rester auprès des enfants, nous dit tout naturellement que son rôle d’aînée est ici. Sa présence est douce et sa fierté maternelle. Face à la caméra, elle laisse davantage la parole aux enfants. C’est à eux que revient tout le mérite car quand la sœur s’absente, parfois plusieurs mois, la grande fratrie témoigne d’une autogestion inspirante : travailler aux champs, faire les lessives, laver les plus jeunes… Et toujours venir chercher celui qui est perdu dans ses pensées pour l’inviter à jouer.
Si le documentaire s’ouvre et se ferme sur Paulin et Chantale, un frère et une sœur qu’on suit de manière plus intime dans le temps, notamment dans une recherche d’identité de Chantale lorsque Paulin part rendre visite à leur mère, tous les enfants ont leurs propres messages d’amour et d’espoir à partager. On ne peut que frissonner devant les mots de cette jeune fille qui raconte avoir ramassé les restes de ses parents pour les ranger dans des sacs. Tout comme on prend note intérieurement du geste de Chantale qui garde les dernières pages de son carnet à dessin afin de dessiner sa nouvelle vie. Les yeux pleins d’étoiles, elle nous montre l’avion qu’elle a déjà réalisé ; celui dans lequel elle va monter pour aller étudier loin de l’orphelinat. Paulin, son grand frère, ne se retrouve pas dans la vie en dehors de l’orphelinat. Quand il rentre du village, fatigué par la route, chargé de cadeaux, il fait la leçon à toute sa fratrie sur les dangers de se perdre dans le monde adulte. Si la vérité sort toujours de la bouche des enfants, prenez le temps d’entendre les leçons de vie que les jeunes du Kivu sont avides de vous partager. Un documentaire dense en témoignages, qui demande notamment un certain niveau de concentration, mais nous offre un regard incomparable sur la joie, l’amour et la résilience ; une leçon à hauteur d’enfant.
