Conception, jeu et mise en scène Zoé Janssens
Du 17 mars au 28 mars 2026
Au Théâtre de la Vie
Une femme de 42 ans se balade dans les eaux, ou dans la ville, c’est sans doute un peu des deux. Elle protège sur son cœur une glacière qui contient ses ovocytes. Elle a une décision à prendre alors elle parle. Elle nous raconte son histoire, celle de Nullipare. Elle interroge l’enfant, mais aussi les autres poissons autour d’elle. Elle n’est pas seule. Seulement, le temps file à une allure folle, elle a bientôt 43 ans.
Nullipare est un adjectif féminin. Il désigne une femme qui n’a jamais accouché.
Comme des poissons dans l’eau, les femmes nullipares sont un peu partout autour de nous. Une mer éclairée à la lueur de leurs yeux brillants, telles quelques fenêtres allumées aléatoirement qui rompent l’obscurité de la nuit dans la ville. Zoé Janssens nous parle de son expérience de la vie en tant que femme qui n’a pas jamais accouché. Cette artiste bruxelloise est metteuse en scène, comédienne, dramaturge et autrice. Nullipare est son projet. Accompagnée d’une équipe artistique précieuse, elle interprète seule sur scène un personnage à la frontière entre le conte et la réalité. Pourquoi le poisson vient-il investir la figure centrale de Nullipare ? Un choix instinctif. Elle explique avoir été surprise par cette image d’un gros poisson lorsqu’elle a entendu ce mot pour la première fois. En sortant de la pièce, on peut dire que pour nous aussi, une nouvelle définition imaginaire vient se greffer à ce mot.
Un sujet qui attire les foules. Le théâtre marque complet toute la semaine avant même la première. Entre tabou et universalité, c’est toute une remise en question du système qui est mise en lumière. À l’heure où les jeunes Français reçoivent des lettres d’encouragement à la fertilité, Zoé Janssens décroche l’appel de son horloge biologique. Bien qu’ici véhiculée avec brio à travers l’humour et l’absurde, la pression de la société par rapport à la maternité est une réalité. Vient se greffer à cette dénonciation, une autre question encore plus large qui touche non seulement la femme qui ne fait pas de sa vie une quête familiale, mais tout un chacun : le problème de l’accomplissement. Que rêvions-nous de devenir quand nous étions enfants ? Que souhaitons-nous à notre nous du futur ? Au-delà de la leçon de vie proposée par Zoé Janssens avec douceur, solidarité et humanité, l’artiste parvient à nous proposer une brèche de réflexion personnelle, celle de l’accomplissement, de la nécessité ou non à laisser une trace. Peut-être qu’on aurait eu besoin qu’elle nous parle un peu des morues, ce groupe d’amies qui semblent amener une réponse importante. Mais la proposition des cassettes enregistrées fonctionne bien et crée un cadre nostalgique émouvant qui se suffit à lui-même.
Nullipare, c’est une (ré)écriture du mythe des femmes nullipares qui est proposée par la pièce. Face à ce décor suspendu où la ville semble flotter sur un nuage plongé au fond des océans (si si, même s’il faut le voir pour le croire), on se sent grandi d’une connaissance unique : celle de la véritable histoire des nouvelles gardiennes du futur, et c’est magnifique.
