Nourrir l’humanité c’est un métier de la Compagnie Art & tça au National

Ecriture et mise en scène de Alexis Garcia, conception, écriture et interprétation de Charles Culot et Valérie Gimenez
Le 27 et 1 février 2015 à 20h30 au Théâtre National
Crédit photo : © DR

Alors que la globalisation étant ses effets controversés sur le globe et que les multinationales, les lobbies agricoles et les accords gouvernementaux cloisonnent le marché d’absurdités relayées par l’Union Européenne, que deviennent ceux qui nourrissent le monde ?  Ces éleveurs, ces producteurs de céréales et de lait, tous ces agriculteurs qui s’endettent sous le joug du non-sens ? Alors que le débat gagne la foule qui, impuissante bien qu’insoumise, tente de faire entendre une voix collective, beaucoup aimeraient que les choses changent. Une bonne fois pour toutes. Et c’est au théâtre et à la scène – à la culture dans un champ plus général – que revient aussi la tâche de la dénonciation. La Compagnie Art & tça porte au cœur de ses projets cette préoccupation première d’offrir une réflexion artistique engagée. A travers le projet Nourrir l’humanité c’est un métier, le Théâtre National leur ouvre de nouveau ses portes afin qu’elle puisse exposer en mots et en images la question du statut des agriculteurs, aujourd’hui.

Deux comédiens nous raconte comment, pendant plusieurs mois et munis d’une caméra embarquée, ils ont suivi le parcours de trente familles de producteurs, tous amoureux du métier et fiers de leur contribution à la société. Au-delà de la vocation et de l’évidente légitimité de l’ambition, cette création fait aussi et avant tout écho à la souffrance qui y est inhérente. Entre quotas au coût colossal et sacrifice au quotidien, ce sont des milliers d’agriculteurs qui ne voient plus le bout et s’effraient d’être de plus en plus enfermés par leur propre métier. Lorsque la dette gonfle à défaut du gain, comment tous ces hommes et ces femmes conçoivent-ils l’avenir ?

Plus qu’une interrogation essentielle, ce thème devient une évidence alors que les images d’agriculteurs authentiques apparaissent sur l’écran géant de la salle du studio. Et, au détour d’une série d’accents qui nous rappellent qu’à travers toute la Belgique, en France et plus loin encore le malheur de la condition touche tous les individus que cela concerne, on s’émeut sans difficulté des tableaux que les comédiens illustrent : des couples de fermiers qui se souviennent comme ils aiment ce qu’ils sont et comme ils en souffrent, aussi. Comme c’est absurde de vouloir nourrir l’humanité avec une alimentation saine mais que tout le pouvoir décidant les en empêche.

Dans un décor de campagne, sous le regard tendre des amoureux de la terre, on sourit et on soutient ces gens à qui il faut rendre hommage. Et on se sent militant en quittant la salle. Parce qu’il faudrait être fou pour ne pas comprendre qu’un enjeu de taille est soulevé ici : la question des hommes et de ce dont ils ont besoin pour vivre. Comme une évidence, en somme.

Afin d’approfondir le débat et de donner la parole au public, la Compagnie Art & tça et le Théâtre National proposent des rencontres avec les spectateurs, après les représentations (du 27 janvier au 1er février) Une séance spéciale est également prévue ce samedi 31 janvier de 17h à 19h : un débat contradictoire sur le Traité du libre-échange transatlantique entre l’Europe et les Etats-Unis.

 

Justine Guillard
A propos Justine Guillard 91 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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