Nicolas Benamou : “Montrer des acteurs qui s’impliquent permet de créer une vraie empathie et un réel enjeu”

À l’occasion de la sortie d’À fond, rencontre avec son réalisateur, Nicolas Benamou.

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Carrière

Vous avez commencé votre carrière avec le Morning live

Exactement ! C’était mon premier boulot, à 19 ans. J’ai réalisé tout ce qui n’était pas sur le plateau, soit 780 sketches. Je les ai écrits aussi, vu que j’étais seul dans mon équipe (rires).

Puis, vous avez réalisé des captations vidéo de spectacles, parmi lesquels Pluskapoil de Michael Youn et Motherfucker de Florence Foresti, qu’on retrouve dans certains de vos films.

J’en ai fait pas mal. Stéphane Rousseau, Eddie Izzard… Le fait qu’on en retrouve certains dans mes longs-métrages vient du fait que je suis très fidèle, très axé « copains ». Jérôme Commandeur et Vincent Desagnat sont dans tous mes films !

Suit votre premier long-métrage, De l’huile sur le feu… Une bonne expérience ?

Oui, d’autant que j’ai eu la chance de commencer ma carrière sur un gros échec ! Babysitting 2 a fait 3 millions d’entrées, alors que celui-ci a plafonné à 30 000. Je dis toujours que, dans la vie, soit on gagne, soit on apprend. Pour le coup j’ai beaucoup appris (rires). Je ne le renie pas pour autant. De l’huile sur le feu m’a mis sur les rails de la rigueur. C’est un peu comme pour la littérature. Les stylos et les cahiers sont en vente libre, mais ça ne va pas faire de nous de grands auteurs. Le cinéma, c’est un peu ça aussi, dans la mesure où l’on n’obtient pas forcément un film en mettant des images bout à bout. J’ai beaucoup plus appris de cet échec que des succès que j’ai pu avoir par la suite.

Viennent ensuite les deux Babysitting, qui se suivent de très près.

Ils ont eu un succès qui nous a bien servi, c’était assez étonnant. Après, j’ai la chance de pouvoir faire un film par an, donc j’ai du mal à m’arrêter. J’aime bien enchaîner. Quand Babysitting 2 était sur les écrans, j’étais déjà occupé sur À fond !

Qu’est-ce qui vous a attiré dans la technique du found footage ?

Avec le Morning live, tout était tourné à l’épaule, caméra en main, cela faisait dès lors – en quelque sorte – partie de ma formation. J’avais donc cette sensibilité légèrement dogmatique, que je souhaitais mixer avec de la narration traditionnelle, pour apporter un peu de nouveauté. C’était un peu un exercice de style.

La mise en scène d’À fond

Pourquoi avoir choisi un retour à une mise en scène plus traditionnelle pour À fond ?

Mon parcours se fait pas à pas. Je ne pouvais pas m’enfermer dans la catégorie « found footage », au risque de rapidement tourner en rond. Il y a donc une démarche d’être là où l’on ne m’attend pas, et j’avais pour but de faire un film fondamentalement différent du précédent. Si je pouvais faire ça à chaque fois, ce serait bien !

Aviez-vous dès le départ l’envie de tourner les scènes d’action en live ?

Oui. Ça vaut pour tous les films que je fais, je refuse la triche à chaque fois. Dans le premier Babysitting, la poursuite en karting a été faite sans trucages, alors que les producteurs étaient réticents. Même chose pour la suite, avec le saut en parachute. Si je veux que tout soit fait en vrai, où en ait l’air, c’est pour une bonne raison. Nous sommes tous les mêmes devant les vidéos virales d’internet. Quand on voit un mec faire un truc dingue, on cherche directement s’il y a un trucage ou non. S’il y en a un, alors on se désintéresse, alors que s’il n’y en a pas, on adhère !  Je souhaitais répondre aux mêmes exigences que les miennes en tant que spectateur, en guise de respect pour le public. Montrer des acteurs qui s’impliquent permet de créer une vraie empathie et un réel enjeu. Il est important que les acteurs aient réellement peur, et ce fut le cas, pour que cette peur se communique au public.

Cela a-t-il été difficile à faire accepter aux producteurs ?

C’est simple, c’était la condition pour me faire venir. Je n’allais pas m’enfermer pendant deux mois en studio, à faire semblant sur fond vert. Non seulement je m’ennuierais, mais j’ennuierais également le public.

Concrètement, comment s’est déroulé le tournage ?

Il faut savoir qu’une fois qu’on a réussi à louer une autoroute, il faut ramener de quoi la remplir, car elle est louée vide ! Nous avons donc fait venir 200 voitures de figuration pour créer le flot de circulation. Ensuite, les six places de la voiture étaient toutes occupées par les acteurs, ce qui n’en laissait aucune pour les techniciens. Nous avons donc créé une structure contenant les caméras ainsi que les lumières, qui puisse être placée au-dessus du véhicule. Les acteurs sont livrés à eux-mêmes, dans une voiture qui roule vraiment à 130 kilomètres/heure, pendant que nous, nous pilotons tout à distance, dans un véhicule lancé à la même vitesse sur la voie opposée. Du coup, les répétitions se faisaient à l’arrêt, le matin. C’était quand même plus simple pour caler la comédie et les interactions avec l’extérieur, notamment avec les cascadeurs, qui observaient les dialogues pour savoir à quel moment venir percuter la voiture. Une fois cela mis en place, on lançait tout le monde à toute vitesse !

Cela a du demander beaucoup de préparation…

Énormément ! Il faut un an pour préparer un film comme ça. Nous avons du inventer plein de systèmes, développer des façons de faire afin de réussir à tourner dans une voiture en mouvement. C’est un peu comme un orchestre symphonique : quand ça marche, c’est grandiose, mais encore faut-il réussir à le faire marcher, et ça c’est difficile ! (rires)

Y a-t-il eu des problèmes sur le tournage ?

Quotidiennement. Nous avons tourné À fond dans l’ordre chronologique, car nous ne pouvions pas anticiper les dégâts qu’allait subir la voiture. Pour exemple, si elle tape quelque chose, on ne peut pas savoir à l’avance si le pare-choc va tomber ou non. Vu que les ennuis vont crescendo dans le film, chaque nouveau jour de tournage était plus difficile que le précédent. On était content de finir une journée, mais à chaque fois, on se disait qu’on allait galérer le lendemain !

Vous êtes-vous inspiré de films préexistants ?

Tout le monde pense à Speed. Du coup, je suis allé le revoir et j’ai été très déçu. On y roule très doucement et au final, la vitesse n’est que dans le titre ! Je trouve qu’il a perdu en rythme et en intensité. Aujourd’hui, tout est plus percutant, donc je me suis dit que je n’avais pas grand chose à récupérer du film. Au final, j’ai choisi de filmer les cascades non comme des scènes de films d’action où l’on renforce l’extraordinaire, mais plus comme des scènes de la vraie vie.

Le scénario du film

Comment avez-vous géré le passage entre les scènes de comédie et celles plus intenses ? Comment êtes-vous parvenu à trouver le ton juste ?

Réussir cet équilibre, c’est tout le défi du film. On ne peut pas compenser une scène de comédie ratée par un élément spectaculaire. Il faut que les deux éléments fonctionnent de manière homogène.

Comment avez-vous décidé de l’importance des seconds rôles ?

J’avais tous les acteurs en tête dès l’écriture et le tout s’est défini assez rapidement. J’aime bien apporter de bonnes surprises pour les rôles secondaires, car j’adore ça en tant que spectateur !

Pourquoi avoir ajouté le poursuivant dans sa voiture jaune ?

J’ai tout de suite écrit le personnage pour son interprète, Vladimir Houbart, qui est exceptionnel. C’est un vrai acteur, très intense, mais c’est également un cascadeur d’une très grande précision. Il jouait déjà le poursuivant lors de la poursuite du premier Babysitting et je souhaitais à tout prix le réutiliser, afin de mettre ses qualités à profit, mais également pour les mettre en valeur. Il fallait montrer tout son potentiel.

N’aviez-vous pas peur, dû à la sensation de claustrophobie du sujet, qu’une partie du public puisse se sentir réticente au film, en se sentant prise en otage ?

Le but est de se retrouver enfermé dans la voiture, pour impliquer les spectateurs au maximum. Si les enjeux des personnages ne deviennent pas les nôtres, le film perd tout son intérêt. Il faut que chaque personne du public se retrouve enfermé dans cette voiture et réalise qu’elle ne va pas s’arrêter. Il y a un côté montagnes russes. On y va pour son plaisir, ce qui n’empêche pas d’avoir peur. D’autant que l’on raconte l’histoire d’une famille qui manque de mourir. Il faut que ce soit grave, sinon l’intérêt retombe. Il était donc indispensable de faire un film qui secoue.

D’autant que les personnages doivent survivre au chaos ambiant…

Dans la vraie vie, tout se mélange, rien n’est ordonné. On dit souvent que les ennuis volent en escadron et c’est vrai. Tout arrive en même temps, sans être ordonné. Dans le film, c’est pareil, car c’était drôle de tout mélanger.

La fin du film souligne les risques de défaillance des systèmes gérés par intelligence artificielle. N’est-ce qu’un ressort comique ou exprimez-vous une vraie peur ?

C’est avant tout un constat. Avant, nous connaissions tous les numéros de téléphone par cœur. Maintenant que les portables les retiennent pour nous, il suffit de ne plus avoir de batterie pour ne plus pouvoir appeler qui que ce soit, faute de s’en souvenir ! C’est très con, hein, mais c’est vrai ! L’informatique se généralise. Certes, pour notre confort, mais quand il y a un problème avec, c’est souvent grave. La place que prend la technologie dans nos vies nous promet des situations à venir toutes plus folles les unes que les autres. Je pense qu’on connaîtra néanmoins un retour en arrière à un moment et qu’on verra naître un courant de pensée qui prônera le détachement des machines, car on ne peut pas négocier avec… et elles ne préviennent pas quand elles se plantent.

La fin ouverte laisse également envisager une suite…

Pas dans la situation à laquelle on se retrouve à la fin du film, en tout cas, parce que ça serait ennuyeux au possible. J’ai une autre idée, que je tairai par superstition. Les choses sont si fragiles dans ce métier que je préfère ne pas en parler avant d’avoir des éléments concrets, car si pour une raison x ou y le projet ne se fait pas, on se retrouve à devoir se justifier. C’est pourquoi j’attends toujours d’être sur le tournage pour commencer à parler des films, parce que là au moins il y a une chance pour que le film sorte ! En tous cas, je n’ai pas dit mon dernier mot et il faut s’attendre à revoir ces personnages !

Guillaume Limatola
A propos Guillaume Limatola 123 Articles
Journaliste - Responsable BD du Suricate Magazine