My Wonder Women, Cinquante nuances de Marston

My Wonder Women

d’Angela Robinson

Drame, Biopic

Avec Luke Evans, Rebecca Hall, Bella Heathcote

Début juillet 2017, nous vous dévoilions l’histoire peu commune de William Moulton Marston et des thématiques pour le moins singulières présentes dans les premiers numéros de Wonder Woman. Preuve de la suprématie naissante du Suricate, Hollywood nous a rapidement contactés afin de nous féliciter pour ce brillant article paru dans l’un des webzines les plus en vue du moment ! Époustouflés par le talent rédactionnel de nos journalistes et le corps suave de nos rédacteurs en chef, les plus grands producteurs ont tenté de s’arracher nos services.

C’est ainsi que nous avons vendu les droits d’exploitation de « Wonder Woman : féminisme, bondage et bannière étoilée » pour la modique somme de 64 milliards de dollars, parvenant dans la foulée à négocier une suite aux Goonies et la résurrection de David Bowie ! Steven Spielberg lui-même nous a contactés, désireux d’adapter nos trépidantes aventures sur grand écran ; proposition que nous n’accepterons que si Michael Bay arrête de faire des films Transformers et que Steven lui-même nous fait des sandwichs à la truffe et nous invite au championnat du monde de curling à Las Vegas ! Quoiqu’il en soit, forts de notre capital financier suite à la vente des droits d’exploitation de cet article, nous envisageons désormais de lancer une OPA agressive sur nos concurrents et de construire un Disneyland à Couillet !

Deux mois seulement après cette transaction historique, Professor Marston and the Wonder Women était diffusé au Festival international du film de Toronto.

Mais d’avance, il convient tout de même de s’interroger sur la nécessité d’adapter au cinéma l’histoire d’un quadragénaire bedonnant ayant mené une relation sadomasochiste avec sa femme et son assistante… Le plus fascinant là-dedans est encore que cette même histoire s’est déjà vue adaptée au théâtre en 2014 dans la pièce « Lasso of Truth ». Quand en plus on sait que les rôles principaux sont tenus par Luke Evans, Rebecca Hall et Bella Heathcote, qui ressemblent peu aux personnages originaux, on peut légitimement s’interroger sur la réelle motivation des producteurs. Il semble au fond que ceux-ci aient tout simplement cherché à surfer sur la vague Cinquante Nuances de Grey en tentant de transformer une relation marginale en histoire glamour vaguement provocante… Cependant, on voit vachement plus de chair à la foire au boudin de Welkenraedt que dans cette production : quelques bouts de cuisse, deux-trois baisers baveux… Bonjour les ménagères, ça c’est cadeau pour les soirées Tupperware ! En somme, My Wonder Women s’approprie une histoire assez rapidement racontée et l’étire durant 1h40. La démarche est assez facile et d’un goût douteux.

Dans cette dynamique de facilité, on retiendra notamment la scène des premiers ébats entre les trois amants, tournée dans une ambiance tamisée avec « Feeling Good » de Nina Simone en fond sonore. Le tout agrémenté de ralentis qui raviront les nostalgiques des premières heures d’AB3. On se retrouvera ainsi plongé dans un glamour du pauvre qui joue la carte de la provocation sans réellement y toucher et recourt à toutes sortes de vieux clichés moisis.

À cela s’ajoute la composante féministe du film, abordée sans la moindre subtilité. William Moulton Marston avait, au cours de sa carrière professionnelle, développé quantité d’idées visant à changer le rôle de la femme dans la société. Wonder Woman est ainsi devenu un canal subtil visant à diffuser ces théories et à lentement les faire admettre aux lecteurs. My Wonder Women présente ici un Marston qui tape du poing sur la table en hurlant à qui veut l’entendre que Wonder Woman est un personnage révolutionnaire destiné à changer le monde. Toute la finesse du psychologue est ici piétinée au profit d’un discours féministe qui tient surtout lieu d’argument commercial.

Professor Marston & the Wonder Women – ou My Wonder Women en français – est donc un BDSM du pauvre qui ne s’assume pas pleinement et se veut subversif tout en restant très propre et en adoptant une approche grossière. Ce n’est ni un film féministe, ni même une œuvre désireuse d’honorer un récit atypique et méconnu. Il s’agit là, ni plus ni moins, d’un film qui ne va véritablement nulle part en exploitant toutes sortes de ficelles à la mode. Regardable bien entendu, mais excessivement mal exposé.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 138 Articles
Journaliste du Suricate Magazine