Titre : Moi, la poésie, je ne suis pas pour
Auteur : Christine Van Acker
Éditeur : Esperluète
Date de parution : 22 mai 2026
Genre : Roman autobiographique
Moi, la poésie, je ne suis pas trop pour. Une pensée désinvolte jetée par un père batelier, plus habile à la barre qu’avec les mots. Il aurait tout aussi bien pu dire : « Aller au Japon ? Pour quoi faire ? On a déjà vu ça à la télé. » Ou encore : « Marcher en forêt. Y a rien d’intéressant. C’est des arbres devant, des arbres derrière. » Christine Van Acker s’amuse de ces expressions qui représentent si bien la personnalité de l’homme qui l’a élevée. Et pourtant, cette déclaration n’est pas si anodine. Elle cristallise en réalité les différences qui unissent la fille et son père. La fille et son héritage. Sa famille s’est construite sur une vie de nomade, menée contre vents et marées sur les flots, tandis qu’elle, elle a préféré voyager à travers les mots.
Christine Van Acker est devenue écrivaine. Et à en lire son dernier ouvrage, elle accorde beaucoup d’importance à la dimension poétique de ses textes. Dans une langue travaillée, et avec un sens du détail indéniable, Chistine Van Acker nous raconte comment son chemin s’est éloigné de la navigation qui avait séduit des générations d’hommes dans sa famille. Mais aussi comment elle s’est affranchie du mode de vie parental qui reposait sur les bienfaits du travail. Le labeur, le vrai, devenait presque une religion. Et la sueur, son vin liturgique. L’oisiveté – et par extension l’épanouissement créatif – n’avait donc pas sa place parmi les valeurs que cherchaient à lui transmettre les parents de Christine Van Acker.
Comme l’écrivaine le mentionne en quatrième de couverture, il y a d’abord eu l’envie de fuir. Et puis, après la mort successive de ses deux parents, le besoin d’un retour aux sources. Christine Van Acker déploie son arbre généalogique. Ce ne sont pas seulement ses parents qui l’intéressent. Mais elle qui accepte son statut de transfuge veut plonger dans son histoire jusqu’aux abysses. Et c’est ainsi qu’elle nous fait rencontrer son arrière-grand-père, envoyé au bagne pour une histoire invraisemblable d’uniforme et de désespoir amoureux. Ou encore sa mère qui, après des années passées sur l’eau, a perdu pied.
Cette mère a vu ses souvenirs lui échapper, alors que la maladie gagnait du terrain. Et ironiquement, la question de la mémoire est centrale dans ce récit qui se présente comme une chronique familiale. L’urgence de devoir conserver une trace est d’autant plus palpable que le temps est partout. Il se manifeste sous forme d’obsession pour le père qui ne peut vivre sans connaître l’heure. Mais le temps est aussi, pour Christine Van Acker, une manière d’organiser et de chapitrer son récit. Avec une écriture tranchante, adoucie par quelques prouesses poétiques, Christine Van Acker rappelle les morts à la vie. Difficile de ne pas voir de similitudes avec Annie Ernaux dont une citation ouvre d’ailleurs le livre.
