
Miroirs no. 3
Réalisateur : Christian Petzold
Genre : Drame
Acteurs et actrices : Paula Beer, Barbara Auer, Matthias Brandt
Nationalité : Allemagne
Date de sortie : 10 septembre 2025
Les Miroirs sont cinq pièces pour piano composées par Maurice Ravel, dans lesquelles l’auteur entend évoquer les images visuelles et les atmosphères de cinq personnages différents se regardant chacun dans un miroir. La troisième, intitulée Une barque sur l’océan, exprime la précarité et la fragilité face à l’immensité de la mer, mais aussi l’incessant changement qu’elle entraîne avec elle.
Le nouveau long-métrage de Christian Petzold reflète cette pièce dans ses éléments essentiels et dans le nombre restreint de personnages : la protagoniste Laura (Paula Beer), jeune étudiante berlinoise en piano inexplicablement angoissée et troublée ; sa « sauveuse » Betty (Barbara Auer), dont on devine dès le début le passé marqué par une grande douleur ; et le lien qui s’instaure entre les deux, fragile face aux épreuves mais capable, tout comme la barque de Ravel, de les accompagner vers de nouvelles étapes de vie.
L’intrigue est en apparence simple : Laura, miraculeusement rescapée d’un accident de voiture, entre dans la vie de Betty, qui la secourt et accepte de l’héberger. Le réalisateur joue avec les ellipses, chargeant les scènes d’irrépressible inquiétude mais laissant rapidement apparaître l’entrelacs narratif : si Laura souhaite être soutenue et soulagée dans sa mélancolie et son trouble, Betty – à l’insu de la protagoniste – doit quant à elle surmonter le deuil de sa fille Yelena. Il en résulte une œuvre brève mais extrêmement lyrique, dont l’arrière-plan est marqué par une atmosphère bucolique : la maison de campagne de Betty.
Le jeu de miroirs évoqué par le titre et l’équivoque du double se révèlent être des motifs et des procédés narratifs qui contribuent à faire émerger le récit d’un retour à la vie, avec toute la gamme d’émotions qui l’accompagne : l’embarras, l’incertitude, la honte, mais aussi l’insouciance, la gaieté et la tendresse. Entrelaçant des éléments récurrents de son cinéma – comme l’autocitation de Yella, où les protagonistes sont eux aussi impliqués dans un accident – aux atmosphères lynchiennes, jusqu’à un climat presque rohmerien, Petzold met en scène le passage de l’aphasie de la douleur à son élaboration, rendu possible par la rencontre et le soin apporté à l’autre.
Dans une atmosphère féerique, où la réalité semble presque rester en marge, les personnages cherchent chacun une forme de réparation, tentant de survivre comme les barques de Ravel. Il en résulte une réflexion intime et profonde sur le deuil, au dénouement ouvert, qui trouve sa force dans la sobriété : un cinéma encore capable de s’interroger sur les questions universelles qui nous concernent tous.
