
Métisses. Cinq femmes contre un crime d’Etat
Réalisateurs : Quentin Noirfalisse et Jean-Charles Mbotti Malolo
Genre : Documentaire
Nationalité : Belgique
Date de sortie : 20 mai 2026
Un procès, historique, a fait parler de lui dans la presse l’an dernier : cinq femmes métisses, victimes de la politique raciale de la Belgique au Congo, ont eu le courage de poursuivre en justice l’Etat belge pour crime contre l’humanité. Le verdict rendu, Jean-Charles Mbotti Malolo et Quentin Noirfalisse s’allient pour donner de l’écho aux voix de ces femmes combatives et ainsi médiatiser ce procès important à travers un documentaire touchant.
Le film alterne entre des extraits de plaidoiries, des face-à-face avec les plaignantes et des séquences animées pour illustrer leur enfance. Tout l’enjeu est de faire reconnaître comme crime contre l’humanité ce qu’ont vécu les cinq femmes métisses, ainsi que potentiellement 20 000 enfants métisses, lorsque le Congo était encore une colonie belge. Nées de l’union d’un père belge et d’une mère congolaise, ces cinq femmes, parce qu’elles étaient métisses, ont été arrachées à leurs familles maternelles à l’âge de trois ou quatre ans, à peine sevrées, pour être élevées par des religieuses belges, à la demande de l’Etat colonial. On a prétendu que cette mise sous tutelle avait pour but de les protéger, de leur éviter d’être rejetées par leur communauté maternelle en raison de leur métissage, mais on leur a bien fait comprendre qu’elles n’étaient pas “blanches” pour autant. Jamais reconnues par leur père pourtant connu, exploitées et maltraitées par les religieuses qui en avaient la charge, et puis oubliées lors de la décolonisation, leurs témoignages accablent l’Etat belge. Alors que les avocats des plaignantes, reprenant les textes du procès de Nuremberg, démontrent de nombreuses similitudes entre les politiques raciales de l’Allemagne nazie et celles de la Belgique coloniale, les avocats de l’Etat peinent à se défendre, s’appuyant notamment sur le contexte de l’époque pour légitimer une violence alors considérée comme normale.
Métisses ne révolutionne pas le genre du documentaire. Il mériterait en effet d’être un peu plus clair, notamment dans les séquences animées qui sont parfois un peu conceptuelles ; et davantage pédagogue, afin d’être diffusé à un public plus large. Le procès étant récent, le documentaire manque sans doute un peu de recul pour saisir toute la portée de l’événement, mais sa force réside dans son sujet. Il fallait mettre sur le devant de la scène ce procès historique et donner davantage de résonance aux voix de ces femmes maltraitées par l’Histoire. On est d’ailleurs touché par le courage de ces femmes, par la force qui les unit, et leur sororité en lutte contre le patriarcat de l’homme blanc. A terme, on ne peut qu’avoir de l’admiration pour ces femmes qui auront fait bouger les lignes et dont le procès fera jurisprudence. Car s’excuser pour la colonisation ne suffit plus. Nous devons regarder le passé de la Belgique droit dans les yeux et l’Etat belge d’aujourd’hui doit reconnaître ses crimes d’hier.
