More

    Merteuil, sois celle qu’on attend que tu deviennes

    Orpheline sans fortune, la jeune Isabelle de Merteuil se laisse piéger par les fausses promesses du vicomte de Valmont. Ivre de vengeance, elle se lance dans une vertigineuse ascension, défiant les hommes et leur pouvoir, depuis les bas-fonds libertins jusqu’à la cour de Louis XV. Au bout de sa lutte, un choix déchirant l’attend, entre amour et liberté.

    Cette nouvelle série Merteuil, créée par Jean-Baptiste Delafon (Baron noir) pour HBO Max, se présente moins comme une simple transposition des Liaisons dangereuses que comme une réinvention intellectuelle – mais toujours sensuelle – du classique de Pierre Choderlos de Laclos. Si le cinéma a déjà maintes fois revisité l’œuvre, de l’adaptation raffinée de Stephen Frears (1988) au teen movie de Sexe Intentions (1999) – Delafon choisit ici une approche plus introspective et politique. Là où le libertinage servait jadis de décor à la perversité mondaine, il devient désormais le terrain d’une réflexion sur la domination, le désir et la survie féminine.

    La mise en images, d’abord enveloppée d’un halo « cotonneux » rappelant les productions érotiques des années 1970, se dénude progressivement pour laisser place à un récit plus cru, plus moderne. Car sous les dentelles et les perruques, Merteuil n’a rien d’un divertissement dominical, c’est une radiographie de la condition féminine au XVIIIᵉ siècle. Delafon renverse le regard : les femmes ne sont plus des objets de désir ou d’échange, mais des sujets pensants, contraints de manipuler les codes masculins pour exister.

    Ainsi, Isabelle de Merteuil – interprétée avec beaucoup d’intensité par Anamaria Vartolomei – incarne cette dualité tragique : celle d’une femme qui, pour s’affranchir, doit se doter des armes du pouvoir qu’elle combat : le patriarcat. Elle ne cherche pas la libération collective des femmes, mais leur revanche symbolique à travers sa propre domination des hommes. La subversion passe ici par le mimétisme et c’est dans cette contradiction que réside toute la richesse du personnage.

    Face à elle, une Diane Kruger, glaciale et souveraine, tandis que Vincent Lacoste surprend dans le rôle d’un Valmont séduisant en dandy déchu d’un monde qui se fissure. A noter la présence au casting de la mouscronnoise Fantine Harduin qui apporte, quant à elle, la candeur nécessaire à Cécile de Volanges, figure d’innocence offerte à la perversité des hommes.

    En résumé, la série restitue la contexte d’une époque où la femme, privée d’espace social et de parole, ne pouvait conquérir sa liberté qu’en bafouant la morale et en épousant la duplicité des hommes. Merteuil n’est pas seulement un drame en costumes d’époque, c’est une réflexion sur la place de la femme dans un monde dominé par les hommes, un miroir tendu à nos propres contradictions contemporaines, diront certains. Et quoi de plus symbolique que de renommer cette histoire du nom de sa protagoniste principale ?

    Matthieu Matthys
    Matthieu Matthys
    Directeur de publication - responsable cinéma du Suricate Magazine.

    Derniers Articles

    MerteuilCréateur : Jean-Baptiste DelafonGenre : Drame historiqueActeurs et actrices : Anamaria Vartolomei, Diane Kruger, Vincent LacosteNationalité : FranceDate de sortie : 14 novembre 2025 sur HBO MAX Voir sur HBO Max Orpheline sans fortune, la jeune Isabelle de Merteuil se laisse piéger par les fausses promesses du vicomte...Merteuil, sois celle qu’on attend que tu deviennes