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    Mariana au KVS. Le Sombrage.

    Dans le cadre du festival Europalia, la danseuse Luz Arcas et la compagnie La Phármaco présentent Mariana, un spectacle mêlant danse et flamenco. Avant d’entrer dans la salle, on imagine une alliance fantasmée entre ce qu’on croit connaître de ce style musical et les mouvements qui vont avec. On se trompait. Il faut aborder Mariana autrement, comme une composition déroutante peut-être, mais toujours prenante, qui joue avec l’accroc et les changements de rythme pour distiller lentement une grande puissance joyeuse. 

    Lauréate du Prix national espagnol de danse en 2024, Luz Arcas sait y faire. Elle est forte et puissante, elle maîtrise son art et c’est accompagnée d’un claquement de main discret qu’elle fait son apparition. Elle va alors scander la mesure, la faire sienne, et de mouvements brusques en mouvements brusques, lentement se faire passer pour un animal, un cheval de trait. 

    Plongée dans le noir, occupant tout l’espace, captivant les regards alors que la troupe musicale se fait d’abord discrète, Luz Arcas va enlever une couche de vêtements pour en rajouter une autre. Mais pas n’importe laquelle, un harnais avec des clochettes, qui rappelle le bruit des vaches, des taureaux ou des bêtes qui labourent le champ. Sans jamais se départir de son humanité, ni à chercher à « être cheval », elle va adopter des mouvements qui nous font penser au travail agricole. 

    Le souhait de l’artiste était de donner à voir et à entendre, le groupe de musiciens, le chanteur et la chanteuse vont dont se disperser pour nous faire apprécier leur talent divers en cours de spectacle. Le but étant de s’imaginer être à l’époque, au moment où les gens travaillaient dans les champs avec ces rythmes particuliers dans les oreilles, des rituels « flamenco » qui avaient une nécessité social. 

    Viendra donc le batteur, qui de sa pelle frappera le sol avant de s’installer par terre pour faire sonner l’aluminium de ses instruments. Un jeune garçon intervient par moments avec sa guitare, tandis qu’un homme ouvre le bal chanté avec une ritournelle qui fait penser à un mixte entre l’arabe, la saudade portugaise et l’espagnol. Une envolée lyrique du même niveau que la chanteuse qui aura droit aussi à ses propres moments de gloire, portant sa voix avec beaucoup de drame et de grâce tandis que Luz Arcas change à nouveau d’habits pour opter pour un costume chevalin d’apparat. La chanteuse grimpera ensuite sur un « char », tirée par la danseuse, dans une scénographie forte et minimaliste à la fois. 

    L’équipe musicale, après avoir multiplié les solos, se rejoint enfin sur scène, au centre, pour recréer avec deux sacs de terreau une mini corrida. Le corps crispé du chanteur, habité par son chant dramatique, peut enfin laisser place à la joie. Et elle est réelle ou le paraît réellement. Si tout semblait savamment construit jusque-là, les artistes commencent à s’invectiver, à se sourire, on dirait même à improviser, et un vrai plaisir de les voir jouer entre eux et elles parcourt la scène. La puissance du chant et la force de la danseuse auront permis une catharsis collective pour exploser avec beaucoup de reconnaissance (du public également) quand les lumières se rallument. 

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