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    Maria et les oiseaux : 4h de chronique familiale et d’Histoire belge

    Mais qu’est-ce qui a pu me motiver de découvrir Maria et les oiseaux, cette fresque théâtrale en quatre parties d’une heure au Théâtre National ? Il y a bien sûr le défi que cela représente. Je suis aussi attiré par l’argument de la pièce qui situe cette chronique familiale dans le Tournaisis, justement la région d’où je viens. Mais c’est sans conteste la promesse de retracer 80 ans de l’Histoire de la Belgique qui me convainc de passer mon après-midi dans une salle obscure.

    Cette saga suit l’histoire de Maria, née dans le village fictif d’Haumières en 1927. Situé quelque part entre la France, la Flandre et l’Escaut, Maria y a vécu toute sa vie. De 1945 à aujourd’hui, elle, ses enfants et ses petits-enfants, ont observé leur pays changer, peut-être aussi les états d’esprit et les façons de regarder le monde autour. On va retraverser les événements les plus importants du pays : la question royale, les problématiques de la colonisation, les querelles linguistiques, l’accident du Bois du Cazier, l’affaire Marc Dutroux, etc. Et au milieu, le destin des membres de la famille de Maria et de ses proches.

    De prime abord, on a quelques doutes sur la suite, tout semble un peu trop factuel et on redoute une longue litanie de noms et de dates. Mais il faut bien installer l’ensemble avant de laisser la pièce se dérouler. Et très vite, on est happé par cette histoire proche de l’histoire de la plupart des familles belges. Il faut dire que la Compagnie De Facto ne se ménage pas pour nous faire rire, nous émouvoir, nous faire réfléchir. Et en 4h, ils peuvent se permettre d’utiliser différentes mises en scène : discours historiques, explications humoristiques du fonctionnement de la Belgique, improvisations, dialogues avec le public, etc. Ils se permettent même de finir en uchronie post-annonce de la (fausse) séparation de la Belgique par François de Brigode au journal télévisé de la RTBF.

    Mais en y réfléchissant bien, si le matériau principal de la pièce est bien l’Histoire de la Belgique, la grande force de ce spectacle, c’est la troupe de comédien.nes qui le porte ! D’une diversité indéniable (d’âge, de genre, d’origines), ils et elles sont tous et toutes impeccables et se glissent tour à tour dans les différents rôles, qu’ils soient des trois générations familiales fictionnelles (la mère devient la petite-fille, le père devient son fils, etc.) que lorsqu’il faut convier des figures historiques sur scènes.

    Finalement, on a à peine eu le temps de voir défiler les années que l’on est déjà proche de la fin du spectacle. Il faut dire que les pauses toutes les heures rythment bien la pièce et nous empêche de baisser notre concentration. On a ri (beaucoup), on a été ému (beaucoup) et on a bien révisé notre Histoire (un peu ou beaucoup, ça dépend de vos connaissances). On s’est aussi attaché à Maria et à son entourage et c’est avec une pointe de nostalgie que l’on s’apprête à les quitter. Surtout, qu’hormis quelques tentatives un peu maladroites (comme l’incursion des oiseaux sur scène) et la fatigue visibles des comédien.nes dans la cinquième heure, tout s’est déroulé sans accroc et la Compagnie De Facto a réussi son pari : tenir en haleine un public de théâtre pendant tout ce temps !

    Loïc Smars
    Loïc Smarshttp://www.lesuricate.org
    Fondateur, rédacteur en chef et responsable scènes du Suricate Magazine

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    Texte et dramaturgie Thomas Depryck et Antoine LaubinConception et mise en scène Antoine LaubinAvec Adrien Drumel, Anaïs Moray, Axel Cornil, Brandon Kano Butare, Caroline Berliner, Consolate, Gaetan Lejeune, Madeleine Camus, Renaud Van Camp, Sarah Lefèvre, Valérie BauchauDu 13 novembre au 15 novembre 2025Au Théâtre NationalLe 29 novembre 2025Au Théâtre...Maria et les oiseaux : 4h de chronique familiale et d'Histoire belge