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    Marche ou Crève, une longue marche qui finit mal

    Si vous trouvez que Marche ou Crève est un des meilleurs livres de Stephen King, vous faites sûrement partie de ceux qui attendent depuis longtemps une adaptation cinématographique de cette œuvre dystopique et nihiliste du maître de l’horreur, publiée en 1979 sous le pseudonyme de Richard Bachman. Cette œuvre culte explore, bien avant tout le monde, le concept de jeunes qui luttent pour être le dernier à survivre. Dans cette œuvre dystopique, le monde va mal, l’Amérique est sous le contrôle d’un régime totalitaire. Chaque année, des jeunes Américains sont sélectionnés pour une longue marche qui ne se terminera que quand un seul d’entre eux marchera encore. Celui-ci gagnera une énorme somme d’argent et un prix représentant ce qu’il souhaite le plus. Des militaires dirigés par le « Commandant » encadrent la marche et font respecter les règles : chaque marcheur a droit à trois avertissements (s’il s’arrête, s’il descend en dessous de la vitesse minimum, etc.) et un avertissement peut-être supprimé au bout d’une heure sans nouvel avertissement. Si les trois sont passés, le concurrent est éliminé et tué par les gardes.

    Ce résumé est volontairement vague, car il correspond au tronc commun entre le livre et le film. Pour le reste, plusieurs choses changent. La plupart étant justifiées pour des raisons cinématographiques et/ou budgétaires. Par exemple, les marcheurs ne sont plus cent, venus des quatre coins des Etats-Unis, mais cinquante, un par état ; le public n’est plus le bienvenu sur les bords de la route, hormis les gens qui habitent sur le trajet ; la vitesse minimum passe de 4 miles par heure dans le livre à 3 miles par heure dans le film ; les histoires personnelles des protagonistes changent ; etc. Mais ces changements n’affectent que peu l’histoire et le film y reste assez fidèle. Cela aurait été parfait si deux autres modifications majeures ne venaient pas quelque peu gâcher la suite.

    Tout d’abord, quand on passe de 100 personnages à 50, il est normal de mixer plusieurs personnalités. Mais le choix de mixer le personnage de Scramm (le grand favori) et Stebbins (personnage mystérieux qui traîne à l’arrière) est un choix plutôt étonnant, tant ils sont opposés. Cela a pour résultat que dans le film, ce personnage perd le côté intéressant des deux personnages pour ne garder que le superflu. La figure du héros à l’américaine incarné par Scramm, grand sportif, sûr de lui, marié et futur père est minimisée par la raison de la venue de Stebbins à la marche et le nihilisme du personnage de Stebbins amené par son je-m’en-foutisme et le fait qu’il ne ressemble pas à un marcheur pouvant gagner et oublié au profit du physique de sportif du personnage de Scramm.

    Ce changement est sûrement utile pour contrer le nihilisme de l’histoire de Stephen King, car l’autre changement notable et malheureux de cette adaptation est justement de changer le message de cette histoire. Comme s’il était impossible qu’il n’y ait pas un peu d’espoir dans cette histoire. Demande des studios ? Volonté du réalisateur ? Espoir nécessaire dans une Amérique en proie à un président qui se rêve dictateur ? Dans tous les cas, le fait d’expliquer, même en partie, la raison de Ray Garraty de faire la marche, les conséquences du régime totalitaire, les attributions du « Commandant », gâchent tout le propos final du livre. Et coup de grâce ultime à ce message, la fin est aussi changée afin de correspondre un peu plus à la vision voulue par cette adaptation cinématographique.

    Mais si on met de côté ces changements parfois dommageables, le film a quelques arguments en sa faveur. Tout d’abord, le défi de rendre cinématographique cette adaptation casse-gueule est plutôt réussi. Le réalisateur, Francis Lawrence sait prendre parti du faible budget à sa disposition pour livrer un huis clos oppressant. Sa volonté de tourner chronologiquement l’histoire et faire marcher de longues distances par ses comédiens donne une certaine crédibilité à l’écran. Le Ray Garraty, un peu bedonnant et au physique banal proposé par Cooper Hoffman, est une autre réussite (on a évité le prototype hollywoodien du héros). De même, Mark Hamill en « Commandant » est assez convaincant, tant qu’on a eu longtemps un doute sur le fait que ce soit lui à l’écran. Enfin, on est plutôt content de voir qu’ils ont eu le feu vert pour garder le côté trash des exécutions, à contrario d’un Hunger Games (du même réalisateur), le film n’est pas un blockbuster tout public qui cache tout ce qui pourrait choquer.

    Au final, tout était réuni pour une adaptation fidèle, que ça soit au niveau de la forme ou du fond. Si la réalisation est globalement réussie, le fond se trouve en partie trahi par une volonté optimiste qui dénature le message nihiliste voulu par Stephen King en son temps. Mais peut-être est-ce finalement ce dont le public a besoin en cette période troublée : un message d’espoir face aux régimes totalitaires qui nous entourent ?

    Loïc Smars
    Loïc Smarshttp://www.lesuricate.org
    Fondateur, rédacteur en chef et responsable scènes du Suricate Magazine

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