Low Notes, L.A. la ville rêvée des anges ?

Low Notes

de Laurier Fourniau

Drame

Avec Dash Boam, Pedro Fontaine, Cooper Oz

Sorti le 31 mai 2017

Low Notes raconte une chronique, celle d’un jeune Américain qui débarque à Los Angeles suite à une rupture amoureuse. Flanqué de son comparse Alexis, un étudiant chilien volubile, Léon considère la Cité des Anges comme sa nouvelle cour de récréation. Entre virées nocturnes et vie oisive en journée, il multiplie les conquêtes d’un soir pour tenter de mettre son passé à distance, soit Eva, son grand amour de jeunesse avec qui il vivait sur la côte Est et qui l’a brutalement quitté. Au gré des rencontres amoureuses, Léon soigne du mieux qu’il peut son égo blessé. Mais le monde fantasmé de L.A. devient très vite une bulle d’air vicié pour cet adulescent en perte de repères.

Pour son premier long-métrage indépendant, le cinéaste français Laurier Fourniau a choisi de filmer les errances d’une jeune faune urbaine en mal de sensations dans une ville qui attire les regards et attise les sens. Malgré un propos de départ –les malheurs d’un pauvre garçon baigné dans l’opulence et l’oisiveté- plutôt banal et futile, le réalisateur français réussit à émulsionner son sujet.

Sa mise en scène atmosphérique et instinctive réussit à capturer particulièrement bien les vibrations de la ville et celles d’une certaine jeunesse dorée en filant des trajectoires aléatoires, en s’immisçant dans l’intimité de rencontres fortuites. Tourné de façon immersive, en mêlant des séquences scriptées et d’autres improvisées en situations réelles, Low Notes brouille les lignes entre la réalité et la fiction et s’approche d’un cinéma dit de la spontanéité. Avec une équipe réduite et très peu de moyens, Fourniau réussit, par ce ton très naturel, à dépeindre avec justesse la complexité des liens entre de jeunes habitants désœuvrés et désillusionnés. Le taciturne Léon dilue ses émotions dans le sexe et l’alcool. Il tisse des rapports fugaces par le biais de tinder, nouveau cataplasme pour son cœurs brisé. Au fil des rencontres, on le voit rongé par la solitude et la vacuité de son existence, pris dans les fils de sa vie, dans l’impossibilité d’avancer.

La lumière et la bande-son apportent beaucoup à l’atmosphère du film en conjuguant les extrêmes. Sous le soleil californien, la lumière se fait écrasante sur les boulevards, lugubre dans les appartements. La musique passe fréquemment de l’électro au violoncelle pour renforcer les conflits intérieurs de Léon.

Dans Low Notes, le réalisateur convoque aussi en voix-off une galerie de personnages filmés de face et de côté, avec une feuille à la main indiquant leur prénom. Sont-ils prisonniers du film ou bien de l’image qu’ils nous renvoient ? Cette mise en scène laisse à penser que les protagonistes sont captifs, pris dans une sorte de toile d’araignée mentale du personnage principal. Mais nous ne devons pas oublier que l’histoire se déroule à deux pas du Mont Lee et du légendaire panneau Hollywood. En filmant les seconds rôles en mode casting, ce procédé est peut-être avant tout une mise en abîme, un clin d’œil cinglant à la nébuleuse de la Mecque du cinéma.

Malgré un manque de rythme et de densité, Low Notes fait bien plus que se frayer un chemin au sein de la métropole tentaculaire. Il trace sa propre voie et nous mène à un jeune réalisateur-monteur-cadreur prometteur.

Marie-Laure Soetaert
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Journaliste du Suricate Magazine