Lost Antarctica du Dirty Deal Teatro au Bozar

De James McClintock, mise en scène de Valters Sīlis, avec Toms Liepājnieks – Crédit photo : Inga Plume 

Le 2 et 3 octobre à 20h30 au Bozar

Dans le cadre de sa programmation internationale, The International Selection, BOZAR invite des troupes de théâtre du monde entier à venir présenter leurs œuvres, véritables miroirs de la société actuelle et des questions contemporaines qui la caractérisent.

Dirty Deal Teatro, plateforme de théâtre expérimental en Lettonie, propose dans le cadre de cette sélection une lecture-performance audiovisuelle ludique et pleine d’humour.

Lost Antartica retrace l’épopée de James McClintock, biologiste et explorateur de l’Antarctique, joué ou plutôt retranscrit par l’acteur letton Toms Liepajnieks, joyeux trublion à la cravate motif écrevisse bien serré au cou, et chemise rentrée dans le pantalon. Peut-être l’image que la troupe se fait des scientifiques en Antarctique.

L’acteur provoque d’emblée la sympathie, trimballant son bordel plus ou moins organisé dans son sac à dos, et tendant une main énergique à la traductrice isolée dans sa cabine.

Et l’acteur se doit en effet d’être énergique, car il est le seul sur scène, avec pour seuls compagnons une table , un petit projecteur et un écran.

Ces modestes outils lui permettent d’illustrer ses expéditions en Antarctique, au travers de dessins réunis dans des carnets (moyen de documentation apparemment très répandu chez les scientifiques), projetés à l’écran, comme un “BD reportage” ou même des diapositives que l’on contemplerait avec nostalgie lors d’une réunion de famille.

Il y a un côté très poétique dans ces dessins qui se déforment légèrement avec le mouvement du projecteur, comme pour celle représentant le trou dans la glace, vu depuis les profondeurs par les plongeurs, et que l’expéditeur compara à la peinture de Michel-Ange à la Chapelle Sixtine.

C’est que cette histoire est en effet contée d’une manière très personnelle, dans laquelle le scientifique est aussi le père, le mari, le jeune-homme assoiffé de savoir.

Et c’est là toute la richesse de cette création : passer des anecdotes humoristiques – panneau “attention présence d’éléphant de mer”, absurdité des démarches relatives aux systèmes de financement de projets scientifiques (ou l’on apprend qu’une autorisation est nécessaire pour prélever des échantillons d’air), à des sujets plus profonds et inquiétants comme la catastrophe écologique et les dégâts causés par l’homme.

Les passages explicatifs, dans un jargon scientifique, sont toujours ludiques. Exemple avec cette passionnante anecdote au sujet de deux espèces qui s’allient pour échapper à leur destin de proies: un véritable doigt d’honneur au prédateur!

On en apprend énormément sur la vie sous-marine de l’Antarctique et sur les rapports de force qui s’y créent, dans un dualisme récent entre la violence de la nature et celle de l’homme, à l’origine du réchauffement climatique et la disparation d’espèces.

Lost Antarctica réussit brillamment à capter l’attention du grand public sur un sujet à première vue très spécialisé, notamment au travers d’interactions avec celui-ci (public filmé en temps réel, invité à monter sur la scène pour un bizutage). Il est dommage que la traduction fasse perdre au public l’essence humoristique de certains passages, ou même parfois le fil du discours.

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