
Los Domingos
Réalisatrice : Alauda Ruiz de Azúa
Genre : Drame
Acteurs et actrices : Blanca Soroa, Patricia López Arnaiz, Juan Minujin
Nationalités : Espagne, France
Date de sortie : 22 juillet 2026
La famille Alzaga mène une vie tranquille à Bilbao, dans une société où la religion s’apparenterait à une coutume plutôt qu’à une véritable expression de la foi : le lycée catholique, les communions, la chorale, … Tout cela est dénué de réelle signification. Sauf pour Ainara, l’aînée, qui souhaiterait s’engager dans un couvent après avoir complété sa terminale. La nouvelle ne manque pas de secouer sa famille, en particulier sa tante, Maite, persuadée qu’Ainara doit « voir le monde » avant de prendre une telle décision.
Dans son film, Alauda Ruiz de Azúa renverse l’archétype narratif de l’affranchissement d’un mode de vie conservateur vers des mœurs modernes. Un point de vue captivant qui a le mérite de remettre en question nos perspectives sur le libre arbitre.
En effet, la façon dont le scénario aborde cette large et complexe thématique est, pour le moins, élaborée et remplie de nuances à prendre en compte.
Lorsqu’il s’agit de la religion, ce sont souvent la restriction et le conformisme qui viennent à l’esprit d’une société moderne et athée. Les nombreux récits mettant en scène la recherche d’émancipation face aux mœurs religieuses dépeignent souvent un combat intense qui a, paradoxalement, imposé une forme d’intolérance à l’égard de la foi.
Une question se pose : que signifient les prises de position de cette famille, arborant une mentalité ouverte et adaptative, sur le choix d’Ainara ?
À première vue, la peur de l’endoctrinement semble être ce qui inquiète le plus Maite. Selon elle, Ainara est trop jeune, trop influençable, pour s’engager dans une vie de réclusion, soumise à la volonté de son Dieu. Mais au fil du temps, son acharnement face à la décision de sa nièce semble relever une contradiction dans sa supposée nature postmoderne. L’hypocrisie est flagrante ; cette femme débrouillarde, au fort caractère et pourvoyeuse de sa famille, se bat pour que sa nièce puisse expérimenter et avoir la liberté de faire ses propres choix, tout en réfutant sa décision.
En contrepoint, une nuance intéressante est introduite lorsqu’on explore le point de vue d’Ainara ; la jeune fille de 17 ans semble sincèrement impliquée et satisfaite par la perspective de ce futur et cela sans se priver des expériences typiques de la vie d’adolescente. Cependant, une conception précise apportera une nouvelle dimension à tout ce débat : « l’appel du seigneur ». Ce qu’Ainara et les nonnes décrivent comme « une vocation qu’on a ou n’a pas » semble dénaturer toute la notion du choix qui est centrale à cette histoire.
Est-ce là une question de point de vue ou un signe inquiétant d’une dépossession d’indépendance ?
La réponse n’est pas universelle, mais les choix de narration et de mise en scène paraissent pencher plus vers une interprétation que l’autre ; le plus flagrant étant dans les jeux contrastants de Blanca Soroa (Ainara)et Patricia López Arnaiz (Maite). L’une est calme, vraisemblablement réfléchie et en paix avec ses choix et sa famille alors que l’autre est tourmentée et s’enfonce dans une spirale de ressentiments la menant finalement à s’isoler.
À une époque où l’émancipation féminine, qu’on pensait presque acquise, est gravement remise en question, une introspection sur un sujet pareil requiert un bon esprit critique.
Los Domingos aborde avec douceur et subtilité ce récit conflictuel qui en fera réfléchir plus d’un.e.
