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    Looking for Antigone ébranle les piliers du pouvoir et de la domination

    La Compagnie des Mutants présente une pièce de jeunes fougueuses et fougueux, un collectif hybride, sans rapport de force et sans chef, qui déconstruisent l’antique pièce de Sophocle pour la recréer en tragédie musicale. Humour et tragédie, légèreté et engagement politique estompent les frontières entre mythe et récit intime.

    Les comédiens et comédiennes vêtus de costumes bigarrés arpentent le plateau jonché de boîtes en carton, dispersées ou empilées. Quelques pancartes indiquent côté cour et côté jardin ou mentionnent des noms de personnages ou de lieux. Çà et là, trois accessoires : une tête de taureau, un masque, une couronne.

    L’une des interprètes s’avance et annonce le spectacle comme une tragédie et une catastrophe de l’incommunicabilité. Au cœur de ce dialogue de sourds, il y a Créon, roi de Thèbes, un despote pour lequel il n’y a pas de salut en dehors des lois de la cité, et Antigone, la nièce de Créon, qui défend les lois du sang. Et d’annoncer tout de go : il n’y aura pas de happy end.

    Les interprètes entament un petit pas de danse sur un air de sirtaki nous sommes en Grèce, après tout. S’ils nous épargnent les assiettes jetées au sol, très fréquentes dans les restaurants de type hellénique, ils prennent de grandes libertés avec la gestuelle traditionnelle désormais ponctuée de quelques clameurs, de gestes et de mouvements panachés, entre caricature et variation sur le thème.

    Coryphée (pour aider le public, les noms compliqués ou peu connus sont mentionnés sur une pancarte), le ou la chef de chœur, dans les pièces du théâtre antique, entre en scène pour résumer l’intrigue, précisant que c’est « une histoire pas drôle du tout ». Après avoir tué son père Laïos et être devenu le roi de Thèbes, Œdipe, sans complexe, tombe amoureux de Jocaste, la sœur de Créon, ignorant qu’elle est sa mère. Il l’épouse et lui fait quatre enfants, deux filles, Antigone et Ismène, et deux fils jumeaux, Étéocle et Polynice. 

    Après la mort d’Œdipe, Étéocle et Polynice décident de se partager le trône de Thèbes : pendant un an, le premier régnera sur la cité, pendant que l’autre s’exilera volontairement, et cela s’inverse l’année suivante. Après la première année, Étéocle refuse de céder sa place, comportement classique dès que l’on a goûté au pouvoir. Polynice ne compte pas se laisser faire et les deux jumeaux finissent par s’entre-tuer au terme d’un duel, entre battle de hip-hop et match de catch, rehaussé de bruitages cartoonesques.

    Créon reprend le pouvoir et décrète que Étéocle bénéficiera d’une sépulture digne de son rang tandis que le corps de Polynice, le traître, sera jeté en pâtures aux chiens et aux oiseaux. Quiconque tentera d’enterrer ce dernier sera condamné à mort. Qu’importe, Antigone est prête à défier le tyran quitte à mourir pour ensevelir son frère. Ambiance.

    Les neufs comédiens, comédiennes, danseurs, danseuses et musiciennes, d’âges et d’horizons différents, professionnels et amateurs, issus d’un atelier donné à Central à La Louvière, s’en donnent à cœur joie pour réécrire la pièce de Sophocle en la transformant en « tragédie musicale ». Et cela part dans tous les sens mais toujours avec justesse. 

    Les rôles ne sont pas formellement assignés à un sexe, un âge, un physique ou une couleur de peau. Chacune, chacun, sur le plateau peut prétendre incarner n’importe quel protagoniste, et ne s’en prive pas. Le décor se métamorphose au gré des déplacements des caisses d’emballage qui deviennent sièges, socles, muraille, habitation, palais, ruines,… On ne s’embarrasse pas d’éviter l’anachronisme qui permet de théâtraliser tout en dédramatisant, à l’image de la garde royale incarnée par un unique soldat qui déboule en fanfare et en trottinette électrique.

    Mine de rien, la Compagnie des Mutants encadrée par Mauro Paccagnella, de la Cie Wooshing Machine, et Alessandro Bernardeschi, aborde des thématiques fondamentales et terriblement actuelles. L’intégrité morale, la légitimité des lois et des pouvoirs, les convictions humanistes, la liberté de penser et d’être différent côtoient allègrement celle, omniprésente, de la place de la femme dans toutes les sociétés. Même si le « tant que je vivrai, aucune femme n’imposera sa loi », clamé par Créon, n’est plus que pensé, à la rigueur chuchoté, le combat est toujours à mener.

    Toute cette joyeuse troupe, cohérente, impeccable corporellement et vocalement – on sent qu’il y a énormément de travail derrière –, démarre au quart de tour, semblant y prendre autant de plaisir que le public. Et les fragilités que pourrait déceler quelque puriste sont allègrement balayées par un enthousiasme et une implication indéfectible de tous les instants.

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    Mise en scène Alessandro Bernardeschi et Mauro PaccagnellaCréation et interprétation de Carlo Benedetti, Melissa Calandro, Jérôme Février, Laurence Warin, Miguel Halin, Joyce Mukangoga, Younes Namrouchi, Chloé Périlleux, Lisa Talmat, avec la participation de Didier de Neck et Martine GodartDu 30 septembre au 2 octobre 2025Au Théâtre Varia La Compagnie...Looking for Antigone ébranle les piliers du pouvoir et de la domination