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    L’Objet du délit, délit de film

    Dans les coulisses d’une ambitieuse mise en scène du Mariage de Figaro, une accusation d’agression sexuelle éclate. À partir de cette intrigue, Agnès Jaoui prétend explorer les tensions et les incompréhensions qui traversent les générations à l’ère post-#MeToo.

    Si son objectif était de réaliser une comédie subtile et légère sur le sujet, elle accomplit exactement l’inverse.

    Celle qui a souvent participé à des films peuplés de personnages complexes et profondément attachants livre ici une œuvre caricaturale et laborieuse. Rien ne semble sincère dans l’écriture des personnages censés représenter la jeune génération. À force de vouloir multiplier les points de vue pour nuancer un propos qui demeure finalement très flou, le film finit par cristalliser les stéréotypes les plus éculés.

    Le problème est que cette prétendue nuance ne profite pas à tout le monde de la même manière. L’« agression » mise en scène par Jaoui semble conçue pour permettre au public de douter du sérieux des accusations. Le film paraît moins s’intéresser aux difficultés de la libération de la parole qu’à conforter la thèse d’une hystérie collective qui aurait contaminé toute une génération.

    On assiste alors à un véritable bingo de caricatures. Entre deux blagues de b*te, voici Samir, le régisseur arabe benêt et inculte, qui voit enfin la lumière de la Culture en découvrant Mozart. Une révélation bouleversante, visiblement. Et après tout, pourquoi serait-il au courant de #MeToo ? alors que n’importe qui disposant d’une connexion internet connaît l’existence du mouvement, il est le seul à n’en avoir jamais entendu parler.

    À ses côtés, une jeune metteuse en scène « woke » passe son temps à s’excuser toutes les trente secondes, produisant des dialogues si artificiels qu’ils finissent par ressembler à la caricature d’une chronique réactionnaire. Non pas une femme confrontée à la difficulté d’exercer son autorité, mais une parodie de militante incapable d’aligner une phrase sans s’excuser d’exister.

    La distribution des stéréotypes se poursuit avec une chanteuse noire dont le principal trait de caractère est d’être perpétuellement en colère, ou un personnage trans qui semble n’avoir aucune fonction narrative particulière, sinon celle d’être trans. Le film coche ainsi consciencieusement toutes les cases de la représentation contemporaine imaginée par une réac pour mieux les tourner en ridicule.

    Dans ce gloubiboulga de clichés offensants, la jeune génération est présentée comme hystérique, moralisatrice et intransigeante, tandis que les réacs et les potentiels agresseurs se retrouvent investis du rôle des seuls personnages raisonnables. À mesure que le récit avance, ce sont eux qui héritent de la complexité, de la compréhension et parfois même de l’héroïsme.

    C’est d’autant plus frustrant que le sujet de départ est intéressant. Un film sur les différentes générations face à la libération de la parole, sur les débats, les conflits et les malentendus qu’elle suscite, aurait pu donner lieu à une véritable réflexion. Mais ce que nous propose Jaoui relève moins de l’observation que du mépris.

    Là où l’on attendait un regard sur les contradictions de l’ère post #metoo, L’Objet du délit préfère se moquer de celles et ceux qui tentent de les affronter. Derrière son apparente modération, le film ne questionne jamais vraiment les préjugés qu’il met en scène ; il les conforte. Et sous couvert de nuance, il finit par défendre exactement ce qu’il prétend observer. 

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    L'Objet du délitRéalisatrice : Agnès JaouiGenre : Comédie dramatiqueActeurs et actrices : Agnès Jaoui, Daniel Auteuil, Eye HaïdaraNationalités : France, BelgiqueDate de sortie : 3 juin 2026 Dans les coulisses d’une ambitieuse mise en scène du Mariage de Figaro, une accusation d’agression sexuelle éclate. À...L'Objet du délit, délit de film