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    L’Inventaire des rêves de Chimamanda Ngozi Adichie : Un roman choral en manque de souffle

    Après le succès retentissant d’Americanah et, dans une moindre mesure, d’Hibiscus pourpre et de L’Autre Moitié du soleil, la romancière nigériane Chimamanda Ngozi Adichie revient sur le devant de la scène avec une fiction en demi-teinte : L’inventaire des rêves. Dans ce nouveau récit, elle entrelace les destins de quatre femmes courageuses, toutes originaires d’Afrique de l’Ouest, mais aux trajectoires singulières.

    Sur fond de crise sanitaire, l’autrice tisse une toile où ses protagonistes, toutes quadragénaires, profitent de l’isolement forcé du confinement pour dresser le bilan de leurs vies.

    Chiamaka, d’abord, est une aspirante écrivaine issue d’une famille très riche nigériane. Installée aux États-Unis, elle multiplie les récits de voyage pour de petites revues et passe au crible ses amours passées. Son amie proche, Zikora, quant à elle, incarne la réussite et la retenue. Avocate brillante mais très angoissée dans sa quête du partenaire idéal, elle finit par devenir mère solo contre son gré. Ensuite, Kadiatou, femme de chambre guinéenne, offre un contrepoint social brutal. Son histoire, librement inspirée de celle de Nafissatou Diallo, rappelle avec beaucoup de précision les zones d’ombre de l’affaire du Sofitel. Omelogor, enfin, apporte une touche d’audace et de frivolité. Femme d’affaires intrépide baignant dans les malversations du secteur bancaire au Nigeria, elle s’envole pour les États-Unis afin d’y mener des études académiques surprenantes sur la pornographie.

    Une plume acérée, mais un récit décousu et inégal

    Comme à son habitude, l’autrice féministe explore la psyché humaine avec un mélange savoureux de causticité et d’humour. Elle y dépeint bien sûr les rêves et désirs de chacune mais aussi les doutes, les injonctions familiales, les préjugés raciaux, le rapport à la sexualité, le tiraillement constant entre tradition et modernité.

    Cependant, l’alchimie peine ici à prendre totalement. Le récit, décousu par moment, aurait gagné à être plus resserré. Si certaines parties sont vibrantes, d’autres n’ont pas l’intensité dramatique à laquelle Adichie nous avait habituée. On regrettera également quelques clichés sur une Amérique dépeinte de manière parfois caricaturale, peuplée d’étudiants pétris de « bien-pensance ». De même, les longueurs narratives sur l’angoisse liée au Covid ou sur les énièmes aventures amoureuses de certaines protagonistes pèsent parfois sur le rythme global de l’œuvre.

    Si ce roman n’est pas le plus abouti de sa bibliographie, il est toutefois touchant dans sa dimension intime. Dans la préface et les notes en fin de roman, Adichie rend hommage à sa mère, disparue en 2021. Et on retrouve plus loin dans le livre la thématique de la maternité à travers le personnage de Zikora lors de son accouchement. La découverte des sacrifices de sa propre mère avec qui les rapports ont toujours été tendus — une femme instruite confrontée à la difficulté de la polygamie — constitue sans doute l’un des passages les plus émouvants et les plus réussis du roman.

    Au final, on referme ce livre avec l’impression d’avoir partagé une parenthèse intime avec Adichie. Et si L’Inventaire des rêves n’atteint pas la puissance de ses précédents récits, il n’en demeure pas moins un témoignage sensible sur la sororité.

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    Titre : L'inventaire des rêvesAuteur.ice : Chimamanda Ngozi AdichieÉdition : FolioDate de parution : 05 mars 2026Genre : Roman Après le succès retentissant d’Americanah et, dans une moindre mesure, d’Hibiscus pourpre et de L’Autre Moitié du soleil, la romancière nigériane Chimamanda Ngozi Adichie revient sur le devant de la...L’Inventaire des rêves de Chimamanda Ngozi Adichie : Un roman choral en manque de souffle