
L’Inca blanc – Le Yuraq Runa
Scénario : Serge Perrotin
Dessin : Alberto Foche, Simon Champelovier
Éditeur : Soleil
Date de parution : 11 juin 2026
Genre : Bande dessinée historique
Et si le dernier souverain de l’Empire inca était européen ? Avec l’Inca blanc – Le Yuraq Runa, le lecteur est entrainé dans une destinée hors du commun. Au fil des pages, il découvre des personnages singuliers, des croyances andines fascinantes au cœur des grands bouleversements historiques qui ont les 16e et 17e siècle. Suscitant la curiosité, ce premier tome pose les bases d’une saga ambitieuse mêlant violence, aventure et quête d’identité.
Une vie pleine de tourments
En 1641 au cœur de l’Amazonie, Werner de Hoock, scientifique au service de la couronne d’Espagne, fait la rencontre de Hans, un vieil homme affirmant être le mystérieux Yuraq Runa, dernier empereur inca. Intrigué par cette révélation, Werner et son jeune compagnon l’invitent à raconter son histoire. Commence alors le récit d’une vie exceptionnelle marquée par les drames personnels, les traversées maritimes dangereuses, les guerres sanglantes et les rencontres avec la Mort.
A travers cette destinée singulière, les auteurs inscrivent leur héros dans la grande Histoire. Ils livrent un récit d’aventure classique et efficace, porté par une narration dynamique. Le parcours de Hans, partagé entre vengeance, survie et reconstruction, nourrit une approche romanesque. Le dévoilement progressif de son passé entretient notamment habilement le suspense et donne envie de découvrir les étapes qui l’ont conduit jusqu’au titre de Yuraq Runa.
Un récit conventionnel
Cette accumulation d’épreuves constitue cependant aussi la principale limite du scénario. A force de survivre aux pires catastrophes, Hans semble presque invulnérable, atténuant même quelque peu la tension dramatique. Son portrait reste également assez conventionnel. Il est souvent représenté en tant que protecteur des plus faibles tout en étant profondément marqué par les traumatismes de son passé. De manière générale, il correspond ainsi en tout point à la figure (familière) du héros tourmenté.
Le dessin d’Alberto Foche accompagne efficacement cette fresque historique. Les paysages amazoniens, les scènes de navigation et les décors exotiques renforcent le sentiment de dépaysement. Le trait assez classique s’accorde parfaitement au registre de la bande dessinée d’aventure. En revanche, les visages apparaissent parfois un peu figés, limitant l’expressivité des personnages et l’identification du lecteur. Certaines planches auraient également gagné à offrir davantage d’espace aux paysages, dont la puissance visuelle aurait mérité d’être encore plus mise en valeur.
L’album souffre enfin d’un rythme énergique mais parfois déséquilibré. Les événements s’enchaînent à vive allure, donnant l’impression que chaque étape du destin de Hans doit être franchie rapidement. Ce choix narratif laisse finalement peu de place à l’exploration des personnages secondaires ou de la culture inca, pourtant au cœur du projet. Ce premier volume apparaît ainsi davantage comme le prologue d’une vaste saga que comme une histoire pleinement autonome.
Malgré ces réserves, L’Inca blanc – Le Yuraq Runa remplit son objectif principal consistant à éveiller la curiosité. Le mystère entourant Hans demeure intact à la fin de l’album et l’on referme ce premier tome avec l’envie de découvrir comment cet Européen est devenu le dernier souverain de l’Empire inca. Une entrée en matière qui reste prometteuse et qui demande désormais à être pleinement confirmée dans la suite de la série.
