Bienvenue dans Back to the 20th Century ! Retrouvez toutes les semaines, l’histoire d’un film sorti au 20ème siècle, il y a 30 ans, 40 ans, 50 ans, etc.

Il y a 50 ans, lors de la quatrième semaine d’avril 1976, sort L’homme qui voulut être roi de John Huston qui signe son grand retour dans le cinéma d’aventure qui a fait son succès dans les années 40 et 50.
Depuis quelques années, le réalisateur de chefs-d’œuvre comme Le Faucon maltais, Le trésor de la Sierra Madre, The African Queen ou encore Moby Dick, n’a plus le même succès. Et c’est avec un film d’aventure qu’il a en tête depuis très longtemps qu’il revient au-devant de la scène : l’adaptation de la nouvelle de Rudyard Kipling, L’homme qui voulut être roi, publiée pour la première fois en 1888.
John Huston envisage de tourner une première fois ce film dans les années 50 avec en vedette Clark Gable et Humphrey Bogart. Mais le décès du second, en 1957, et du premier en 1960, met un frein au projet.








Mais Huston ne veut pas lâcher ce projet et envisage deux duos : Burt Lancaster et Kirk Douglas ou Richard Burton et Peter O’Toole. Mais cette fois encore, le projet ne se concrétise pas et il faut attendre le début des années 70 pour que le réalisateur retrouve l’envie de monter cette adaptation. Son choix se porte alors sur le fameux duo à succès de Butch Cassidy et le Kid et L’Arnaque : Robert Redford et Paul Newman. Mais malgré son grand intérêt pour le projet, Paul Newman conseille à Huston de se pencher plutôt sur un casting totalement britannique au vu du sujet. Il se permet même de recommander les deux acteurs parfaits : Sean Connery et Michael Caine !

Et on peut dire que les deux acteurs, amis aussi à la ville, sont enthousiastes pour rejoindre le projet. Sean Connery continue de vouloir prouver qu’il n’est pas que James Bond (même s’il reprendra le rôle en 1983, mais c’est une autre histoire) et Michael Caine est heureux de reprendre le rôle prévu pour Humphrey Bogart, son idole de jeunesse. Et cet enthousiasme ne se perdra pas après la fin du tournage, les deux acteurs mentionnant régulièrement ce film comme leur préféré dans leur filmographie à tous les deux.
Les deux comédiens sont effectivement parfaits dans ce duo d’escrocs anglais qui trouvent l’Inde trop petite pour eux et qui décide de se lancer dans un voyage vers le Kafiristan afin de devenir roi d’une contrée qui n’a pas vu d’Européens depuis l’invasion par Alexandre le Grand.

Pour compléter le casting, la production fait d’abord appel à Christopher Plummer pour jouer le troisième larron, le franc-maçon qui aidera le duo à poursuivre leurs aventures. Révélé au cinéma dix ans plus tôt dans La Mélodie du bonheur (dont on a parlé en février), il incarne dans ce film, Rudyard Kipling lui-même : le réalisateur et sa co-scénariste, Gladys Hill, ont décidé de remplacer le narrateur de la nouvelle originale par l’auteur, se permettant ainsi un clin d’oeil et un hommage à Kipling.

Afin de compléter le casting masculin principal, il faut aussi un acteur pour jouer Billy Fish, le soldat Gurkhas (unités britanniques recrutées au Népal), seul survivant d’une expédition au Kafiristan et qui leur servira d’interprète. C’est l’acteur indien Saeed Jaffrey, qui est choisi. Cette personnalité de Bollywood est aussi l’un des rares de l’époque à avoir percé du côté du cinéma anglo-saxon et le premier indien à obtenir une nomination à la cérémonie de prix anglaise, les BAFTA, pour My Beautiful Laundrette.

Un des rôles qui reste à trouver, est celui de Roxane, la jeune indigène que Daniel Dravot, le personnage joué par Sean Connery, devenu enfin roi, veut épouser pour assurer sa descendance. Au départ, c’est Tessa Dahl (fille du romancier Roald Dahl) qui est envisagée, l’actrice a d’ailleurs déjà commencé la préparation du rôle en perdant du poids et en modifiant sa dentition. Mais à l’approche du tournage, John Huston change d’avis et souhaite une actrice dont les traits correspondent plus aux populations du Kafiristan. Lors d’un dîner avec Michael Caine, il déclare au milieu du repas qu’il lui faut “une princesse arabe” ! Présente au même dîner, l’épouse de Michael Caine, Shakira, d’origine indienne, est alors envisagée et les deux hommes ont réussi à la persuader d’interpréter le rôle. Cela rend cocasse de voir le personnage de Caine, Peachy Carnehan, dire à son acolyte, son avis sur la femme qu’il veut épouser.

Pour la plupart des autres acteurs et actrices, ce sont principalement des personnes trouvées au Maroc où la plupart des scènes se trouvant au Kafiristan ont été tournées. Car si le film se passe dans une ancienne province de l’Afghanistan actuel, le tournage ne respecte pas vraiment la géographie. Tout est principalement tourné au Maroc et le langage utilisé dans le film est aussi le langage des figurants et comédiens marocains. Si les intérieurs sont tournés en tout logique dans les studios anglais de Pinewood, il y a un lieu plus étonnant : Chamonix. Les scènes où les deux aventuriers traversent des montages ont été tournées du côté de la célèbre station de ski française.

L’autre grand moment du tournage, c’est la cascade se déroulant à la fin du film, sur un pont de cordes. Sean Connery, plutôt sujet au vertige, n’est pas très volontaire pour aller se promener au milieu du pont, comme en témoigne Michael Caine. Il faut donc faire appel au cascadeur du film, Joe Powell, pour le remplacer lors de la scène de chute prévue au scénario. Le cascadeur anglais mythique décide alors de rendre la cascade encore plus impressionnante que prévue, se permettant une chute de 24 mètres sur un tas de cartons et de matelas en contrebas. John Huston fut vraiment impressionné par cette prouesse et déclara par la suite que c’était la cascade la plus incroyable qu’il n’est jamais vue.

Un autre aspect technique du film, reste dans la tête bien après la projection, c’est la musique du film. Pour cela, Huston fait appel à Maurice Jarre, le compositeur français aux trois Oscars, qui a conquis Hollywood avec ses compositions pour Le jour le plus long, Lawrence d’Arabie ou Le Docteur Jivago. Pour ce film, il mixe l’enregistrement avec un orchestre européen et plusieurs musiciens indiens invités pour l’occasion. Pour la chanson principale du film, il fusionne l’air de la chanson irlandaise The Minstrel Boy avec les paroles d’une chanson écrite par un Anglais vivant en Inde au 19ème siècle : The Son of God Goes Forth a War de Reginald Heber.

A sa sortie, si certaines critiques n’y vois que du comique grossier ou qu’un membre de l’extrême-droite anglaise n’y voit que la victoire de la morale chrétienne contre les païens, la plupart des articles de presse sont élogieux et apprécie ce retour à la grande tradition des films d’aventure. Le film est une grande épopée picaresque qui réussit à être divertissante tout en étant fidèle à la nouvelle de Rudyard Kipling. Les deux anti-héros sont la métaphore parfaite du colonialisme anglais qui se croit au-dessus de tout et de tout le monde mais aussi une critique sur les excès de l’ambition humaine et sa soif de richesse. Ce succès critique mais aussi public permit à John Huston de réaliser son meilleur film depuis longtemps même s’il ne réussit pas vraiment à réitérer ce succès par la suite. Excepté peut-être son film d’aventure sur le football, A nous la victoire, avec à nouveau Michael Caine, qui a son quota de fans ou à la fin de sa vie, L’Honneur des Prizzi avec Jack Nicholson et sa fille Anjelica Huston, qui remporta pour son rôle l’Oscar du meilleur seconde rôle.
