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    Les Rayons et les Ombres : fenêtre (d’Overton) sur cour

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, les destins croisés de Jean Luchaire (Jean Dujardin), journaliste pacifiste devenu fervent collaborationniste et de sa fille, Corinne (Nastya Golubeva), actrice montante sous l’Occupation.

    On ne choisit pas sa famille mais que se passe-t-il quand on décide de fermer les yeux sur ses agissements ? Corinne Luchaire en a amèrement fait les frais. Actrice en vogue à la fin des années 30, considérée comme la nouvelle Greta Garbo, elle signera un pacte faustien avec le Troisième Reich pour mener une vie d’opulence et d’excès… avant de sombrer dans l’oubli. Son père quant à lui, directeur du journal collaborationniste Les Nouveaux Temps sera exécuté à la fin de la guerre.

    A l’instar de son précédent film, Illusions Perdues, Xavier Giannoli dresse un portrait fascinant mais peu reluisant d’une certaine presse complaisante et opportuniste. Mais loin de la lumière flamboyante du premier, le réalisateur, à travers une photographie plus sombre, questionne dans le second nos propres zones grises. Fresque monumentale de près de 3h30, Les Rayons et les Ombres génère un profond malaise. Il illustre avec ambiguïté cette majorité silencieuse jouant sans cesse avec la fenêtre d’Overton.

    Jean Dujardin est parfait en homme de presse aux convictions molles, tandis que Nastya Golubeva, avec sa naïveté feinte, appuie les facettes de cette étoile volant trop près du soleil.

    Leurs histoires croisées, complétée par celle d’Otto Abetz (dignitaire nazi interprété par August Diehl) nous montrent comment l’extrême droite s’infiltre sans vergogne dans la brèche médiatique.

    Si la direction artistique et les costumes brossent à merveille le climat historique, difficile donc d’éviter le parallèle avec ce que nous vivons aujourd’hui.

    Il nous reste le cinéma

    En février 2026, la Berlinale, important festival du cinéma européen, connaît une polémique. Le président du jury Wim Wenders y déclare que le cinéma doit rester en dehors de la politique.

    Comme un coup de crochet ultime à cette sortie, le film se clôture sur les mots du réalisateur Léonide Moguy, qui déclare : « Il nous reste le cinéma », rappelant ainsi le rôle essentiel de la culture et le pouvoir intemporel du 7ème art. Car ne l’oublions pas : le cinéma est politique.  

    Elise Voillot
    Elise Voillot
    Journaliste du Suricate Magazine

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    Les Rayons et les OmbresRéalisateur : Xavier GiannoliGenres : Drame, HistoriqueActeurs et actrices : Jean Dujardin, Nastya Golubeva, August DiehlNationalité : FranceDate de sortie : 1er avril 2026 Pendant la Seconde Guerre mondiale, les destins croisés de Jean Luchaire (Jean Dujardin), journaliste pacifiste devenu fervent...Les Rayons et les Ombres : fenêtre (d’Overton) sur cour