Titre : Les portes de lumière
Auteur.ice : Vajra Chandrasekera
Édition : Bragelonne
Date de parution : 07 janvier 2026
Genre : Fantasy
Vajra Chandrasekera s’est un jour réveillé, a pris le stylo et le carnet sur sa table de chevet et s’est dit : je dois transmettre ma folie aux gens. Et vous savez quoi ? On le remercie. Mieux ! On en redemande.
Entrave est le fils d’un leader spirituel que l’on appelle le Parfait et le Bienveillant. Entrave est le fils de Mère-de-Gloire, qui l’a élevé dans un but unique : tuer son père. Lorsqu’elle le lâche dans la nature, Entrave parvient, avec les années, à s’affranchir de son influence et tente de vivre une vie normale — aussi normale que puisse être la vie d’un Élu — dans la ville de Luriat. Ville dans laquelle des portes étranges apparaissent aléatoirement. Des portes que personne ne peut ouvrir et qui n’existent que d’un côté, derrière lesquelles souffle un blizzard. En plus de ces étranges portes, des créatures, des diables, existent au milieu des humains. Sont-ils violents ? On ne sait pas. Mais ils sont terrifiants. Seule une poignée de personnes peuvent les voir. À Luriat, on trouve aussi un rassemblement d’élus et de réprouvés (des presque-élus). Tous nés avec une mission, tous nés pour accomplir une prophétie.
Dès la première phrase du premier chapitre jusqu’au dernier mot du dernier chapitre, l’écriture de Chandrasekera vient s’entortiller autour de vos entrailles et ne vous lâche pas ! Avec un début aussi violent que la naissance d’Entrave — « À l’instant où Entrave naît, Mère-de-Gloire attrape une grande pointe en cuivre et cloue son ombre sur le sol avant de la lui arracher. » – (PLEASE !?) — l’auteur vous pompe d’adrénaline et vous fait grandir dans le même état d’esprit que le jeune homme.
Tout n’est que douleur et férocité dans la jeunesse et l’adolescence de notre héros. Et vous ressentez le besoin vital qu’il a de sortir de ce cycle de traumatismes. On ressent le combat interne d’Entrave tout au long de la lecture. Lutte entre celui qu’il est supposé être, celui qu’il est et celui qu’il aimerait devenir. Cette dernière partie étant la question la plus dure. N’étant pas né dans un monde de nuances, on lit les traces de son passé dans le creux de ses lettres, mais on entend son combat pour devenir une meilleure version de lui-même. On l’entend se prouver qu’il est capable d’être plus que l’éducation qu’il a reçue. Même lorsque celle-ci semble le rattraper.
Les Portes de Lumière est une vaste histoire à la hauteur de ses ambitions. Abordant de nombreux sujets qui se superposent et se lient facilement entre eux, le roman nous offre une composition cohérente et attrayante. Les liens entre les religions, les cultes et les instances au pouvoir. La lutte des classes. Les relations abusives (parentales, notamment). Le colonialisme. Les massacres de masse. Le tout sur fond d’urban fantasy, qui ajoute un filtre terrifiant et confus à l’horreur déjà en cours dans les rues de Luriat. Très imagées et extrêmement vivantes, certaines descriptions se gravent au fer rouge dans votre esprit.
Ne vous méprenez pas : Les Portes de Lumière n’est pas une lecture de loisir. C’est, au contraire, une lecture qui vous force à lire dans le silence. Il se passe beaucoup de choses, en même temps. Tout étant superposé, posez-vous et lisez pour entendre, pour comprendre. C’est un monde complet décrit par une écriture viscérale.
Vajra Chandrasekera est un auteur qu’il faut retenir et suivre. Son œuvre n’est pas qu’une histoire : c’est une constatation et, ainsi, un nouvel appel à l’aide pour l’humanité et la planète Terre.
