Titre : Les petits farceurs
Auteur.ice.s : Louis-Henri de La Rochefoucauld
Editions : J’ai lu
Date de parution: 10 septembre 2025
Genre : Roman
« Ne t’inquiète pas pour moi », tel était presque la devise de Paul Beuvron, du moins en amitié. Mais des amis, Paul n’en avait que très peu. Son rêve : devenir un grand écrivain. Mais pas un de ceux qui ne savent plus écrire, tel Rossi. Non, il aspire à devenir le Balzac de notre époque. Pas de chance pour lui, son premier ouvrage, Le Roman National, est un fiasco. Paru aux éditions Marcillac, l’éditeur éponyme en personne mise davantage sur Rossi, l’écrivain phare du moment, dont les livres s’écoulent par centaine de milliers d’exemplaires. Après cet échec fulgurant, il propose à Paul de devenir écrivain fantôme, ce qu’il accepte pour pouvoir vivre. Toutefois, Paul se perd en chemin et sombre dans l’alcool et la drogue, jusqu’à en mourir. C’est son meilleur ami journaliste, Henri d’Estissac qui nous raconte son histoire.
Un portrait biographique
Ce roman se veut donc une biographie de Paul Beuvron. La volonté d’Henri étant de lui rendre hommage et de lui attribuer ses mérites littéraires. Henri dépeint un homme qui aspire à de grandes épopées littéraires tandis que lui-même se laisse aller au gré des expériences aléatoires. Henri retrace la vie de Paul, au moyen de portraits, très complets et pas toujours flatteurs, de ses rencontres. Cela donne lieu à des descriptions, parfois bien longues mais aussi cocasses, de personnages tantôt stéréotypés.
Une lente descente en enfer
Paul, en devenant écrivain fantôme pour les plus grands noms de son époque, s’efface peu à peu. Maitrisant l’art du pastiche à la perfection, il enchaine les succès littéraires. D’ailleurs, « [e]n démiurge au petit pied, il lui semblait fascinant de voir que tous les best-sellers de notre époque étaient signés par un seul homme : lui [Paul Beuvron]. » Alors que Paul n’a publié qu’un seul titre en son propre nom, quelle ironie ! Mais, comment rester soi-même et devenir un grand nom de la littérature en écrivant pour les autres ? Là se pose la question de l’écrivain, de son imaginaire, de ses aspirations littéraires et de son travail. Paul perd peu à peu ses ambitions. Ou les a-t-il toujours en tête et sait-il parfaitement qu’il dévie de sa route ?
« Le monde des lettres ne jure plus que par les chiffres. »
Autre point important qu’aborde ce roman : le marché du livre et la prospérité des maisons d’édition. Comment survivre à une époque où chaque livre peine à se faire une place ? En tant qu’écrivain, comment se faire un nom lorsque la plupart des lecteurs ne sont plus lettrés ? En devenant écrivain fantôme, Paul devient la victime ainsi que le fer de lance d’une maison d’édition avide de faire du chiffre. Nous est alors décrit un monde sans pitié, où les grands éditeurs n’ont aucun scrupule.
Louis-Henri de La Rochefoucauld, en dépeignant la vie de ses personnages, nous balade de portraits caustiques en portraits tout en truffant son roman de références littéraires. En prenant pour personnage principal un écrivain « raté », il participe à l’imaginaire de la figure de l’écrivain. Deux « sortes » d’écrivains nous sont donnés à lire, le journaliste ayant réussi sa vie, l’écrivain romantique ayant passé sa vie à gâcher son talent pour les autres.
