Titre : Les Ensangs
Auteur : Maureen Desmailles
Éditeur : Slalom
Date de parution : 25 septembre 2025
Genre : Roman adolescent
Troisième roman de son autrice, Les Ensangs est un véritable hommage aux œuvres gothiques et vampiriques que nous offre Maureen Desmailles. À mi-chemin entre Süskind et Anne Rice, ce roman young adult a de quoi éveiller à la fois l’émotion et la curiosité.
Qui dit vampires et gothique évoque, pour la génération des milléniaux, le fabuleux Entretien avec un vampire d’Anne Rice. Précurseure de cette nouvelle vague littéraire, Anne Rice a fait émerger sous sa plume des vampires plus humains que monstrueux, hantés par leurs vies passées et pris dans des dynamiques de clans tortueuses, souvent destructrices. Adapté pour la première fois au cinéma en 1994 par Neil Jordan, avec Tom Cruise et Brad Pitt en tête d’affiche, ce récit habite depuis longtemps le mythe moderne du vampire et a largement contribué à sa glamourisation — voire à son culte — au sein d’un mouvement gothique qui accueille encore aujourd’hui avec ferveur tout renouveau du genre.
Toutefois, soyons honnêtes : ces dernières années, le vampire s’est davantage décliné en version « teen sexy et mystérieux » plutôt qu’en âme damnée à l’aura tragique, baudelairienne ou horrifique qu’avaient façonnée Anne Rice ou Poppy Z. Brite. C’est précisément ce que Maureen Desmailles réhabilite dans son ouvrage : la figure du vampire, plus tragique que magique.
Les Ensangs raconte ainsi l’histoire de Charlie, une jeune étudiante en parfumerie qui, après son coming out, se voit rejetée par ses parents et privée de tout soutien financier. Désespérée mais déterminée à poursuivre sa troisième et dernière année qualifiante, elle accepte la proposition singulière de son professeur, Lazlo Delafosse. Fasciné par sa faculté à associer odeurs et émotions, celui-ci lui propose un pacte difficile à refuser : en échange de quelques échantillons de son sang, il s’engage à financer ses études et à soutenir sa thèse au sein de sa prestigieuse institution, « Le Serre ». Sans véritable alternative, Charlie accepte — sans imaginer un instant que ce pacte liera bien plus que son corps et son sang.
Retour aux sources
Les références littéraires qui émergent à la lecture des Ensangs sont nombreuses. Difficile, bien sûr, de ne pas penser au Parfum de Patrick Süskind : ce tueur en série obsédé par l’odeur parfaite au point de tuer pour la capturer. Ici, la comparaison s’arrête vite. Car s’il est question de parfums, il s’agit avant tout de créer des essences à partir du sang, des émanations capables d’offrir aux vampires des bribes d’émotions — ces émotions qui leur échappent dès leur transformation.
Charlie se retrouve plongée dans un univers qu’elle croyait strictement fictionnel, et découvre également un nid : une famille vampirique composée de Lazlo et de sa créatrice, Alba. Difficile de ne pas penser ici encore à la triade Louis / Lestat / Claudia imaginée par Anne Rice.
Ce qui distingue le roman de Maureen Desmailles, c’est la manière dont il remonte à l’origine même de ces âmes torturées, de ces êtres qui se côtoient — et parfois se déchirent — depuis des siècles. Des siècles passés à s’aimer autant qu’à se détester. Liés par une alchimie du sang qui les attache de façon douloureuse, exclusive, presque impossible à porter. Une dépendance affective et physique qui les pousse à s’attirer et à se repousser avec la même intensité. Un amour, d’ailleurs, qui dépasse toute notion de genre ou de physique : ici, toutes les formes d’amour existent et coexistent sans jugement ni morale. En cela, Les Ensangs parvient là où une large partie de la littérature vampirique contemporaine échoue : il offre un angle différent qui, sans être totalement inédit, puise dans un folklore que l’on croyait perdu. Un retour aux sources qui ravira les âmes les plus gothiques d’entre nous, tant pour sa profondeur que pour sa tragédie.
