
Les enfants vont bien
Réalisateur : Nathan Ambrosioni
Genre : Drame
Acteurs et actrices : Camille Cottin, Juliette Armanet, Monia Chokri
Nationalité : France
Date de sortie : 3 décembre 2025
Quand Nathan Ambrosioni apprend l’existence en France du droit à l’oubli, c’est-à-dire le droit pour une personne majeure de disparaître, le réalisateur de moins de trente ans commence à se documenter avant de questionner l’intime, posant ainsi les bases de ce qui deviendra son troisième long métrage. Présenté au FIFF de Namur en octobre dernier, Les enfants vont bien propose une réflexion ténue et élégante sur la parentalité et le vertige que provoque l’absence d’un être cher. Pour ce faire, Ambrosioni retrouve son amie et actrice Camille Cottin, déjà présente dans Toni en famille (2023), et convoque également Monia Chokri et Juliette Armanet dans ce drame familial et estival aux couleurs volontairement ternes.
Par une fin d’après-midi morne de juillet, Jeanne (Camille Cottin), divorcée de son épouse (Monia Chokri) et vivant seule, reçoit la visite inattendue de sa sœur Suzanne (Juliette Armanet), accompagnée de ses jeunes enfants, Gaspard et Margaux. Si l’arrivée de cette cadette est d’abord vécue comme une intrusion pour l’aînée, qui ne l’a pas vue depuis longtemps, Jeanne commence à entrevoir la possibilité d’un dialogue et d’une réconciliation face aux rancœurs du passé. Le lendemain matin, elle trouve une lettre écrite par la main d’une Suzanne manquant à l’appel, confiant les enfants à sa sœur. Jeanne tente d’alerter la gendarmerie, mais apprend que rien ne peut être fait pour une personne ayant volontairement cherché à disparaître, laissant Jeanne et les enfants esseulés et confrontés à un avenir incertain.
Peut-on s’éloigner par amour ? Est-il possible d’assumer un rôle de parent quand rien ne nous y a préparé et sans avoir connu de véritable modèle ? C’est toute la thèse de ce récit extrêmement réaliste, où une femme doit décider si elle peut se substituer à une mère dont on ignore si elle reviendra un jour. Si la rupture esthétique et narrative avec Toni en famille est nette, Ambrosioni évite ici tout mélodrame et partage le fruit de ses recherches ainsi que de ses questionnements, porté par Camille Cottin, dont le personnage apparaît aussi vaillant que partagé.
Confrontée à cette parentalité imposée, Jeanne cherche des réponses auprès de femmes davantage en mesure de lui expliquer ses droits et ses possibilités, notamment une juge aux affaires familiales, interprétée par l’actrice belge Myriem Akheddiou. Ces scènes viennent ponctuer un récit intime et familial, au milieu desquelles Jeanne doit retourner dans une maison qui n’a jamais été organisée pour accueillir des enfants, et y composer du mieux qu’elle peut, reproduisant des gestes qu’elle a observés et prononçant des mots qu’elle espère réconfortants. Ces efforts mettent parfois à l’épreuve la patience des enfants — dont il faut saluer les jeunes interprètes — et entraînent brièvement le récit vers certains lieux communs, avant qu’il ne retrouve sa fluidité et sa propre identité. La présence chaleureuse et pétillante de Nicole (Monia Chokri), l’ex-femme de Jeanne, apporte un réconfort immédiat tout en révélant la solitude de la protagoniste et son désir d’être elle aussi aimée inconditionnellement.
La mise en scène trouve sa force dans ce qu’elle raconte de la distance entre ses protagonistes, séparés par un couloir ou un palier qu’il suffirait de franchir pour se prendre dans les bras, mais où le cadre ne peut jamais accueillir deux personnages à égalité, l’un éclipsant souvent l’autre. Cette atmosphère parfois pesante est renforcée par une photographie aux teintes grises et brunes, tranchant avec le présumé été qui s’écoule. Est-ce le présage d’une pluie avant le beau temps, un processus de reconstruction qui commence pour ceux qui restent ?
