Ecrit et mis en scène par Mathias Simons
Avec Marie-Camille Blanchy, Ferdinand Despy, Julie Remacle, Jean-Baptiste Szézot
(et les enfants, en alternance : Kadija, Timéo, Dimitri, Johanna, Fatou, Capucine)
Les 6 et 7 novembre 2025
Au Théâtre National
Du 22 au 27 novembre 2025 au Centre Culturel Les Chiroux – avec le Théâtre de Liège
Le 29 décembre 2025 à L’Atelier 210 dans le cadre de Noël au Théâtre
Du 11 au 14 janvier 2026 au Centre Culturel de Chênée
Où étiez-vous, mi-juillet 2021, quand les eaux de la vallée ont commencé à déborder ? Évidemment, les rivières des vallées submergent les rives partout, peu importe les frontières, mais aussi les gens et animaux qu’elles charrient. À travers des yeux d’enfants, à l’écran et sur scène, les Ateliers de la colline accompagnés de Caroline Lamarche racontent l’histoire d’une jeune fille, Camille, qui a perdu son chien Larry et la parole. Dans un parcours sous la forme d’un conte, elle rentrera en contact avec l’esprit de son fidèle compagnon canin et des êtres des eaux.
Les Ateliers de la colline ont créé ce spectacle jeune public en s’inspirant des échanges et des témoignages de personnes qui vécurent les inondations qui s’abattirent en Wallonie, aussi bien sur le pays de Herve, qu’à Liège, Pepinster ou Chaudfontaine. Le spectacle prendra forme différemment dans votre tête en fonction de vos souvenirs et de comment vous avez vécu (ou non) cette catastrophe qui fit une trentaine de morts et des milliers de victimes secondaires.
Moi, en juillet 2021, originaire de Chénée, habitant dans le quartier des Vennes à Liège, je n’ai pas perdu la vie, un proche ou d’affaires matérielles, je n’ai pas été touché directement mais plutôt affecté personnellement. Ma tante et un ami ont vu leur maison se remplir d’eau, tout détruire. Je suis allé aider à Chaudfontaine et à Kinkempois, racler et déblayer. Je ne sais plus regarder les eaux de l’Ourthe, quand je reviens à Liège et que mes yeux s’y posent, sans penser à ces journées, aux milliers d’objets défilant à une allure folle, minute par minute, portés par une Ourthe en furie, devant la fenêtre de mon salon, sans penser à cette odeur de rouille et de fuel qui se dégageait du voisinage dès qu’on sortait, pendant une dizaine de jours, sans penser aux rues défaites, aux gens en pleurs, à la solidarité en bottes pleines de boue, aux rives en ruine, aux terrains de mon adolescence retournés, aux centaines de voitures en morceaux, éventrées. J’ai été profondément marqué par les inondations et je ne peux pas ne pas être ému par un spectacle comme Les enfants de la vallée.

Cela étant dit, si j’ai vu le spectacle avec mon vécu de la catastrophe, je peux aussi dire que les Ateliers de la colline visent juste en parlant à la fois de l’intime et de l’universel, en appuyant jamais trop sur le contexte wallon dans lequel cela s’est passé mais en soulignant que cela pouvait/pourrait se passer partout. Si l’accent francophone du sud est présent, liégeois ou non, les images, les sensations, les traumatismes comme celui de perdre la parole suite à la mort d’un être aimé emporté par les eaux, sont partageables par l’humanité entière. Si Barchon, Chênée, Camille, Larry, Johnny sont identifiables à un lieu et un temps précis, les émotions ressenties durant le spectacle sont communes à tous et toutes.
Le spectacle s’ouvre par un témoignage d’enfants en vidéo, avant que trois enfants en chair en os (pas toujours présents lors des représentations, quand ils et elles doivent aller à l’école), accompagnés de trois adultes, interprètent de multiples rôles (Camille, l’âme du chien, le père, les esprits de l’eau, des enfants, etc.). Mêlant action et regard à distance sur les événements, on les voit déblayer la saleté charriée par les eaux en colère, rejouer l’inondation avec des dessins, un regard d’enfant et des pailles, regarder les images de la catastrophe.
Mêlant projection, machine infernale et chant à la guitare détournant du Johnny, les enfants assurent leur partition, confiants en eux et en elles, tandis que les adultes donnent l’énergie folle et le surplus d’émotions dont le spectacle a besoin, avec ces larmes qui mettent du temps à couler, ce papa qui s’exprime en chantant, ces esprits des eaux qui apparaissent dans une atmosphère ésotérique et enfumée, alors qu’on imagine l’eau circuler sur scène et transportée par cette volute de fumée. Les enfants de la vallée est un beau spectacle pour enfants et adultes, qui à travers le personnage de Camile retrouvant peu à peu la vie, déversant sa colère, arrive à entrer en contact avec les esprits de la rivière. Transportant cette petite troupe à travers un mélange d’histoires intimes et de la grande Histoire, de tristes souvenirs et de chocs personnels, la compagnie liégeoise apporte un début de catharsis tout en louant les nouveaux lendemains, dans une vallée apaisée, au début du printemps.
