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    Les Dents de l’enfer, un tournage qui fait naufrage

    Cinquante ans après la sortie du film, ses deux notes entêtantes résonnent encore dans nos mémoires. Son aileron qui fend l’eau, supposant une présence aussi invisible que dangereuse, a marqué les esprits de générations entières. Il s’agit bien sûr des Dents de la mer, dont Mahi Grand s’empare aujourd’hui en bande dessinée.

    Mahi Grand fait bien de le préciser en préambule : son ouvrage est librement inspiré de faits réels. La séance de psy sur laquelle s’ouvre l’album et durant laquelle Spielberg s’épanche n’a peut-être pas existé. Mais le calvaire qu’il raconte au thérapeute est bien réel. Il est de notoriété publique que le tournage fut un désastre. Et si cet état de fait contribue aujourd’hui à la légende du film, Spielberg, lui, n’a pas fort apprécié le moment.

    En vérité, le film de Spielberg coule à pic. Comme le requin mécanique que le réalisateur ambitieux a fait construire pour les besoins du tournage. Spielberg est un jeune idéaliste qui refuse de filmer en rivière comme il est de coutume. Des démarcheurs sont embauchés pour trouver la baie idéale, où l’horizon s’étend à perte de vue pour laisser une impression de solitude intense. Et c’est donc à Martha’s Vineyard que l’équipe pose ses valises.

    Si les scènes filmées sur la terre ferme sont prometteuses, celles capturées en mer présagent rapidement la catastrophe. Spielberg, qui avait insisté pour se voir attribuer le projet – puisqu’il s’agit de l’adaptation d’un livre à succès – déchante. Le monstre, qui devait sortir des eaux s’y enfonce à chaque prise. Et il entraîne le film dans sa chute. Les acteurs sont condamnés à attendre de longues heures pendant que l’équipe mécanique s’active. Le retard s’accumule et la menace de voir les vacanciers estivaux briser l’effet de solitude plane doucement sur le film.

    Mahi Grand est un habitué du cinéma. Ses collaborations avec de nombreux réalisateurs, tels que Bruno Dumont ou Xavier Giannoli, font de lui un intervenant de premier choix pour parler des difficultés du secteur. Mais, en plus de ça, son expérience lui permet d’aborder le récit avec une fluidité qui rend la lecture très agréable. L’attitude de ses personnages appuie le caractère humoristique de certaines situations. Et sa manière de traiter la séquentialité renforce la lisibilité. Il navigue sereinement entre son désir de rester au plus près des faits et la liberté qu’il souhaite prendre dans son récit. Optant pour un dessin très lissé, il offre une expérience immersive qui comblera la curiosité des adeptes du film.

    Cheyenne Quévy
    Cheyenne Quévy
    Responsable littérature

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    Les Dents de l'enferScénario : Mahi GrandDessin : Mahi GrandÉditeur : DargaudDate de parution : 21 aout 2026Genre : Roman graphique Cinquante ans après la sortie du film, ses deux notes entêtantes résonnent encore dans nos mémoires. Son aileron qui fend l’eau, supposant une présence aussi invisible...Les Dents de l'enfer, un tournage qui fait naufrage