Titre : Le Splendid par le Splendid : nous nous sommes tant marrés !
Auteur : Josiane Balasko, Michel Blanc, Marie-Anne Chazel, Christian Clavier, Gérard Jugnot, Thierry Lhermitte, Bruno Moynot
Éditions : Le Cherche Midi
Date de parution : 30 octobre 2025
Genre : Humour, autobiographie, cinéma
Le Splendid, c’est une troupe de théâtre qui est devenue unique : tous ses membres sont devenus, chacun et chacune à leur manière, des personnalités culturelles d’importance dans le paysage français et francophone. Marie-Anne, Thierry, Gérard, Michel, Josiane, Christian et Bruno (ce dernier étant tout de même un peu moins connu), comme on les nomme dans le livre, en profite pour se raconter, d’une prise de parole à l’autre, de photo en photo, et lever le voile sur leur début, leur popularité grandissante avec Les Bronzés et Le Père Noël est une ordure, puis leur désir d’ailleurs, le groupe étant composé de fortes individualités. Cette deuxième édition, garnie de 16 pages photos de plus et d’une couverture surprise, se veut aussi un hommage plus prononcé à Michel Blanc, mort le 3 octobre 2024 alors que le livre était en impression. Loïc Smars avait d’ailleurs déjà écrit une bonne critique pour Le Suricate, en décembre dernier, sur la première édition.
Ne comptez pas sur eux pour verser dans le « c’était mieux avant », dire du mal des uns ou des autres, voire pleurer toutes les larmes de leurs corps une époque maintenant révolue, et d’autant plus qu’un des leurs est maintenant parti. Sans être langue de bois, la communication générale est aux souvenirs émotionnels et chaleureux (si une dispute avec Anémone est très vaguement évoquée, les dissensions ne font pas partie du propos). Le Splendid par le Splendid se veut une traversée bruyante et rigolote de leurs années communes, sans s’attarder sur les dates ou un historique planplan, où les mots « rire » et « amitié » sont les maîtres-mots. Ils sont conscients de leur chance, d’avoir traversé les décennies, les tendances, et de continuer à durer. Derrière « rire » et « amitié », le mot « travail » revient très souvent également.
Parce que si cette bande de copains et de copines en est arrivée là, c’est parce qu’ils ont bossé, bossé d’abord leur sens de la comédie et du drame, notamment auprès de Tsilla Chelton. Ensuite, ils ont sorti les mains de leurs poches, pour passer d’une impasse à une vieille cave, d’un café-théâtre à l’autre, aidé par les potes (et puis par l’oncle de Clavier, Yves Rousset-Rouard, producteur de cinéma). Et après des mois de travaux, après avoir rénové et construit leur théâtre, ils se réunissaient en séance d’écriture collective, laissant la place et le talent de chacun et chacune s’exprimer, pour créer leurs premières dingueries loufoques : Non Georges pas ici ou J’vais craquer.
Les pages qui couvrent leurs premières années sont les plus savoureuses : leurs aventures théâtrales, à la sortie du lycée, quand on apprend comment telle personne a rejoint le groupe plus tard ou comment telle autre est partie, tel un groupe rock, quand à 20 ans ils et elles s’amusaient et n’avaient peur de rien, les blagues « débiles » qu’ils faisaient aux uns et aux autres, leur rencontre avec Coluche. C’est cette partie-là la plus prenante parce qu’elle est racontée avec des larmes de rire dans les yeux de ces comédiens et comédiennes qui « se sont tant marrés » et qui continuent, 50 ans après, alors qu’ils n’ont « plus rien à prouver », malgré leurs carrières hétérogènes, comme metteur en scène, autrices ou comédiens de films à la popularité gigantesque. Même Bruno Moynot, qui émerge moins dans l’imaginaire public quand on pense à la troupe, semble avoir tiré son épingle du jeu et bénéficier ces dernières années d’une aura particulière qu’il apprécie alors qu’il gère toujours aujourd’hui leur théâtre Le Splendide, entre autres.
Les pages sur Les Bronzés 1 et 2 valent encore leur pesant d’or, ainsi que celles sur Le Père Noël est une ordure, quand on sait que ces gamins avaient 25 ans alors et qu’ils étaient en train de tourner des comédies cultes du cinéma français. Le livre est un vrai régal quand ils racontent leurs souvenirs et leurs anecdotes de tournage, évidemment, mais aussi leur manière de créer, ensemble et de viser le rire, et d’oser rire de tout et de tout le monde, sans méchanceté. Chercher son clown, comme dit Christian, ou juste des personnages ridicules mais tellement humains dans des situations ridicules, c’est ce qu’ils adoraient et adorent encore.
Passé le début des années 1980, si le groupe ne se perdit jamais de vue, leur rencontre à sept fut surtout programmée par les médias (Paris Match) ou les Césars (pour leur remettre un César d’honneur, en 2021). Pourtant, si on ne les voit plus si souvent en groupe depuis 40 ans, les rediffusions de leur travail continuent de rameuter du monde. La dernière partie centrée sur Les Bronzés 3 et leurs dernières activités communes est moins intéressante, le discours commençant à se répéter (oui, ils sont toujours amis, oui ils se marrent toujours et oui ils assument Les Bronzés 3).
La mort de Michel Blanc a ému la France (et la Belgique francophone) et ne doit sans doute pas être étrangère au fait que la première version de ce volume s’est vendue à 100 000 exemplaires. Faut-il racheter cette deuxième édition, si vous avez déjà acquis la première ? Si les 16 pages bonus, où le groupe s’exprime sur cette dernière année et la mort de leur ami, sont touchantes, elles ne sont pas suffisantes que pour collectionner les deux volumes dans votre bibliothèque. Vous pouvez toutefois offrir la première édition et racheter la deuxième, d’autant plus qu’une grande partie des fonds gagnés est reversée à la Fondation pour la Recherche Médicale, parrainée par Thierry Lhermitte. Si vous aimez le théâtre, rire et si vous avez été bercé dans votre jeunesse par cette bande déjantée de personnages se moquant de nos travers en nous faisant marrer, vous ne le regretterez pas.
