Titre : Le Roi des Cendres
Auteur.ice.s : S.A Cosby
Editions : Sonatine
Date de parution : 2 octobre 2025
Genre : Polar
Il y a ceux qui maîtrisent l’art de créer une histoire. Le genre d’histoire qui vous sort des sentiers battus. C’est surprenant, électrisant, excitant et on en redemande. Et puis, il y a ceux qui font virevolter les personnages devant vos yeux. Ils leur donnent une voix, ils leur donnent une âme, ils leur donnent la force de s’accrocher à la vôtre. Et voilà, que des êtres de papier et d’encre vous manquent.
Et puis, il y a S.A. Cosby et sa magie.
Bienvenue à Jefferson Runs, ville abîmée par la drogue et la misère et oubliée du gouvernement, située dans l’État de Virginie. Ville contrôlée par les Black Baron Boys, qui ont tout ce qu’il faut pour plaire à vos parents. Ils contrôlent la drogue, dirigent les bordels, puis ils éparpillent un ou deux cadavres ici et là. Cependant, ils ne sont pas les personnages principaux, ici. Non, les vrais protagonistes sont les membres de la famille Carruthers. La famille qui tient le crématorium de la ville depuis des années. La famille qui a vu une nuit sans lendemain s’abattre sur eux, le jour de la disparition de la mère. Elle qui se réunit, car leur père est dans le coma, suite à un accident de voiture : il y a Roman Carruthers, l’aîné : celui qui a réussi. Celui à qui fait sa vie ailleurs, qui a laissé Jefferson Runs aux autres, à son père et à ses démons. Celui qui revient parce que le père est dans le coma. Celui qui va tout faire pour garder sa famille en vie, au dépens de la sienne. Il est suivi par Neveah Carruthers, celle qui est restée parce que lui, il est parti. Celle qui est restée parce que la mère a disparu. Celle qui a cessé de se chercher. À quoi bon ? Se dit-elle. Celle qui se contente des miettes parce qu’il n’y a quand même rien de mieux à Jefferson Runs. On termine avec Dante, le dernier. Celui qui ne s’est jamais vraiment trouvé. Celui qui a démarré cette histoire en essayant de se prouver des choses. Celui qui a acheté la drogue pour la revendre. Une énorme quantité de drogue pour en revendre. Sauf que… Dante, c’est un consommateur. Pas un revendeur. Maintenant, Roman doit réparer.
Et Roman répare. Oh, il répare.
Quatrième roman de Cosby aux éditions Sonatine, Le Roi des Cendres est une pierre de plus au monument qu’est en train de nous construire l’auteur. Les premières pages guident le lecteur – qui, honnêtement, n’a pas conscience du chaos dans lequel il vient de s’embarquer en suivant Roman – vers l’entrée d’une fournaise qui prend feu dès qu’il met un pied dedans. Impossible d’en sortir. Impossible de s’enfuir. Le lecteur se retrouve plongé au milieu de l’enfer qu’est Jefferson Runs. L’image parfaite de la ville des États-Unis qui a été laissée pour compte. Les mots sont simples. Pas de fioritures, pas de vulgarité gratuite. Chaque virgule mérite sa place. L’histoire est sérieuse, douloureuse. Un bon polar bien noir, dont le poids vient se placer sur les épaules. Dans le Roi des Cendres, l’espoir n’est pas qu’un simple mot-bateau. C’est la bouée, la corde qui permet à nos personnages de ne pas céder à la folie qui rôde autour d’eux. Il faut jongler avec la violence de cette ville pour ne pas abandonner cet espoir. Tout s’arrache à la force des dents et des ongles à Jefferson Runs, surtout la paix. Et entre deux scènes de folies, on a droit à quelques lumières. Ces lumières éclairent nos protagonistes et antagonistes ; soudain, on retrouve des échos des adolescents, des frères, des hommes, des humains qu’ils sont.
Cosby est un magicien. Un virtuose du polar. Quelqu’un l’a décrit comme le nouveau Roi du genre. Et oui, il peut passer le tapis rouge et aller s’asseoir à côté d’Ellroy, Lehane et Puzo. Un écrivain, avec un grand « E », le genre d’écrivain qui a beaucoup de choses à dire, beaucoup d’images à nous montrer. Le genre d’écrivain qui ne s’arrêtera d’écrire que lorsque son sang sera devenu gris de poussière.
