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    [Festival d’Avignon] Le Prélude de Pan, un western paysan

    Le Prélude de Pan démarre sur des tables de banquet. Le public s’y accoude, sous le champ des cigales, à l’extérieur, commentant les paroles des chansons des années 1970/80 qui sortent des enceintes environnantes. C’est un spectacle qui tient à faire connaître son ancrage populaire. Puis, quand les bancs semblent complets, des autres paroles surgissent alors des enceintes : celles de paysans. 

    On entend la voix de ceux qui travaillent la terre de la région et de Villeneuve-les-Avignon même qui discutent. L’acteur et les deux actrices présentes entre les bancs déclinent l’identité de ces messieurs (le métier étant très “masculin”). Ce sont eux qui ont permis à Clara Hédouin de créer ce spectacle. Ils parlent des plaines inondables, des fleuves, de la machine toute puissante et si précieuse dans leur travail. Un agriculteur loue la chimie et glorifie les pesticides. Le public écoute, regarde les arbres autour de lui. Le vent fait rage. Les voix enregistrées portent l’accent du sud alors que les comédien.ne.s luttent tant qu’ils peuvent pour se faire entendre, comprendre. Et ils y arrivent. 

    On nous invite ensuite à nous lever, à se déplacer à travers les chemins, les champs et les clairières. Il y aura 5 arrêts, entrecoupés de marches lentes entre les arbres fruitiers et les cigales, qui lentement, commencent à s’épuiser. La pièce débutant à 18h30, d’une durée approximative de 2h20, les éléments naturels permettent à l’équipe artistique (incluant un autre comédien, la metteuse en scène et des régisseuses) de baisser les armes, de moins forcer sur leurs voix, de moins lutter pour commencer à danser avec le vent. 

    Alors nous, le public, suivons ce joyeux monde. Nous sommes une centaine. Le voyage débute en sortant de la bouche des paysans pour bientôt virer vers une transformation des corps. Les hommes font la fête, parlent bruyamment et entrent dans la taverne comme on rentrerait dans un sous-sol malfamé. Les agriculteurs souffrent et se suicident. Ils discutent les raisons de continuer ce métier, d’y trouver de la joie. Le Prélude de Pan nous embarque, sans coupure de rythmes, dans ce monde à la fois familier et inconnu, en voie de disparition et déjà en train de disparaître. 

    Leurs vies et leurs histoires, dans les champs, les têtes dépassant des tournesols en train de pousser, n’auraient pas trouvé meilleur sol pour être raconté. Les paroles s’envolent, on ne saisit pas tout, mais on est là, de bout en bout, avec cette équipe qui tient à mettre en avant la moisson avignonnaise et les dangers qui la guettent. En terminant par un conseil : toi qui veux faire du théâtre, prends garde. Réfléchis-y. Réfléchis au pourquoi tu veux faire ce métier et à qui ton art profiterait. 

    Le Prélude de Pan, adapté d’une nouvelle de Jean Giono, nous abandonne alors sur un soleil couchant. Le vent s’est calmé. Notre corps aura été saisi par des mots et des bruissements d’herbe, nos pieds auront trébuché sur des racines. Assise à leurs tables ou sur un tracteur, montée sur un camion, livres en mains, l’équipe créative nous aura permis de vivre un instant dans un western immersif, de retour au XIXème siècle et toujours bien en 2025. Encore mieux qu’Avatar et tout le cinéma 3D ! Par la diversité de jeu de Pierre Giafferi, Clara Mayer, Hatice Özer (en alternance avec Loup Balthazar) et par sa forme créative, on reste coi et reconnaissant pour une telle oeuvre, profondément attachée à ce bout de terre, et donc unique. 

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