De Beaumarchais
Mise en scène et adaptation Dominique Serron
Avec Laurent Capelluto, Elfée Durşen, Vincent Huertas, Romane Lambert, Corentin Lini, Luc Van Grunderbeeck, Félix Vannoorenberghe, Laure Voglaire, Pascale Vyvère
Du 19 mars au 18 avril 2026
Au Théâtre du Parc
Moderniser c’est tentant. Il y a la fraicheur de faire du neuf, le plaisir de surprendre son public, la tranquillité de créer tout en se reposant sur un matériau préexistant et efficace. Mais moderniser c’est effrayant. La peur de jurer avec l’œuvre originale, la question de la légitimité liée à la réécriture des mots d’un grand auteur, la crainte de rater avec un spectacle qui a cent fois fait ses preuves. Qu’on soit bien d’accord, toute pièce qui traverse les époques se modernise. Les us et coutumes du monde du théâtre changent. Ainsi, on ne joue plus Racine comme Racine était joué. La question est donc de se situer sur cette échelle de la modernisation. D’une simple mise à jour à une complète refonte du texte, tout est possible. Alors où se trouve ce Mariage de Figaro ?
L’histoire, elle, ne change pas, il est toujours question d’intrigues amoureuses entre un Figaro, valet, prêt à épouser celle qu’il aime, son Seigneur, le comte d’Almaviva qui désire la promise du premier et une série de personnages, tous subalternes au comte, mais tous parties prenantes de la ridiculisation de ce dernier. Le texte ne change pas non plus. À de menues exceptions près, on suit la pièce à la lettre. Et globalement, il en est de même pour les décors et costumes encrant véritablement la représentation dans l’imaginaire qu’on se fait de la noblesse du XVIIIe siècle. Au final, quand on s’imagine Le mariage de Figaro, on s’imagine ce genre de proposition, un spectacle efficace, divertissant et rythmé.
Mais malheureusement, tout cela est sans surprises. Malheureusement, parce que les quelques libertés prises marchent à chaque fois : des interludes musicaux modernes et drôles, aux moments où la manière de parler est résolument contemporaine, tous ces trop rares passages de modernité, d’agréments font largement réagir la salle. On peut donc regretter le manque de prise de risque quand on observe la réussite de ces quelques essais.
Mais il y a plus frustrant encore. Une comédie passe aussi par les mots. Or, les mots changent. Ainsi, une même vanne n’utilisera pas le même vocabulaire suivant les époques. Il en va de l’efficacité de la blague d’accorder son mode, son niveau de langue avec son public. Et la langue française ayant pas mal bougé en 250 ans, c’est le principe d’une langue vivante, on peut très bien s’imaginer que certains mots qui faisaient rire à l’époque tombent complètement à l’eau aujourd’hui. Pire, une tirade censée être drôle mais affaiblie par un vocabulaire dépassé fait d’autant plus ressortir le caractère désuet de la représentation. Rien ne parait tout à fait naturel, comme forcé, comme joué finalement, creusant un fossé entre la pièce et son spectateur.
