
Le livre sans nom
Scénario : Anonyme, Koe
Dessin : Yello
Éditeur : Sonatine
Date de parution : 06 novembre 2025
Genre : Bande dessinée
Près de vingt ans après sa publication en roman par la maison d’édition Sonatine, le Livre sans nom, écrit par un auteur anonyme, est adapté en bande dessinée par Koe et Yello. Une saga à la croisée des genres qui utilise les codes du manga pour transmettre la noirceur du récit originel.
Quand il commande un verre de bourbon, c’est le bordel. Mais plutôt un bordel sanguinaire de type dépeçage que geyser de vomi. Le bourbon Kid a l’alcool mauvais. Mais pas l’agressivité du copain qui devrait arrêter de boire avant de se mettre à insulter la serveuse. Quand le Bourbon Kid boit, il ne reste que deux survivants. Dont lui.
Cinq ans après le massacre qui a marqué le Tapioca Bar de Montego Bay, les autorités ont de bonnes raisons de croire à la récidive. Les circonstances sont les mêmes. Il semblerait que l’éclipse qui se prépare pourrait avoir un impact sur la pierre de lune que possède le meurtrier et que recherche une armée de moine pacificateur. Pour l’occasion, un inspecteur de la section paranormal, Miles Jensen, se rend à Montego Bay, alors même que jusqu’alors la ville la plus criminalisée semblait oubliée de la justice.
Plus que le récit, c’est le mystère qui entoure la saga du Bourbon Kid qui en fait une œuvre culte. Son auteur livre anonymement une série de onze volumes, sans jamais se trahir. Pire, dans une sorte de tyrannie méta, il fait apparaître dans son histoire un livre sans nom, lui aussi rédigé par un auteur inconnu, et dont la possession peut-être fatale.
Aucune surprise, donc, à voir que la maison d’édition Sonatine qui s’était ouverte à la bande dessinée avec la parution de l’excellent Accident de Chasse, ait eu l’envie d’adapter ce titre phare de leur catalogue, connu pour ces couvertures très imagées. La force du roman tenait déjà dans sa capacité à faire se rencontrer des univers différents : fantastique, western, horreur, etc. Dans leur adaptation, Koe et Yello s’efforcent de conserver cette particularité. Voire même de se la réapproprier. Les autrices parviennent à transmettre un récit anachronique, dont les décors rappellent la conquête de l’Ouest, mais dont les références semblent aussi actuelles que peut l’être Denzel Washington.
Issue d’une famille franco-thaïlandaise, Yello va plus loin. En proposant un ouvrage imprimé au format du manga, et respectant les codes de cette narration japonaise, la dessinatrice intègre une nouvelle culture dans ce patchwork d’univers. Et ça fonctionne. Le dynamisme, l’expressivité et l’obscurité de ces bandes dessinées habituellement imprimées en noir et blanc rendent à l’horreur du récit originel toute sa force. Mais si sur ce point-là, l’adaptation est capable de rivaliser, c’est sans compter les quelques faiblesses du dessin. À certains endroits, l’esquisse des personnages semble plus grossière. Heureusement, les autrices ont encore quelques volumes pour se faire la main. Une main qui est déjà très habile pour rendre vivantes les scènes d’actions.
