
Le Feu Monde
Scénario : Jason S. et Yann Cavalier
Éditeur : Dargaud
Date de parution : 06 février 2026
Genre : Roman graphique fantastique
Le Feu Monde commence par un avertissement. Qui s’y frotte, s’y brûle. Ce n’est pas une histoire douce que nous dévoile Jason S. Mais une révélation sur le déclin de l’espèce humaine, emportée dans une guerre qui oppose les géants Atome et Zéphyr.
Quatre règles sont immuables, parmi lesquelles celle qui veut qu’un géant ne puisse tuer un homme. Ils auraient donc pu vivre en parfaite harmonie. Mais en se disputant l’affection des hommes, deux géants semèrent le chaos. Ils se rapprochèrent chacun d’une figure humaine puissante dont ils chatouillèrent l’égo. Leur querelle se répercuta alors sur le monde terrestre. Deux clans naquirent, séparant le royaume d’Attrevi de celui de Clermont.
Alors que la guerre ravage les terres ancestrales du feu monde, certains militent pour la paix. Ou du moins, la vision qu’ils ont de la paix. Pour Métisse, encore jeune et intrépide, la justice se trouve du côté de Clermont. En rejoignant une milice d’élite, commandée par le puissant Tikhomir, Métisse trouve enfin une manière de mettre son talent à contribution. Ce qu’elle ignore encore, c’est l’impact qu’aura son engagement sur cette guerre. Des siècles plus tard, Métisse sonnera comme un nom légendaire, celui qui rime réellement avec trêve.
Le Feu Monde est conçu comme une porte d’entrée dans un monde où seul l’espace reste inchangé. Le temps n’est pas une valeur linéaire pour Jason S. qui fait voyager le lecteur, mais aussi ses personnages à travers les époques. Le présent se fond dans le passé qui lui-même influence le futur. Et à travers les âges, ce sont les mythes qui agissent comme valeur d’unité. Ces mythes représentent le fondement des peuples qui habitent l’univers de Jason S. Et en s’inspirant de mythologies existantes, l’auteur parvient à rendre ces histoires crédibles. Ou du moins à établir un lien avec nos propres cultures passées.
Jason S. ne nous emporte pas dans une simple histoire de géants. Ni même dans un univers fantastique construit autour de sa quête. Il nomme les personnages imaginaires, leur attribue des qualités et donne à leurs actions une conclusion morale qui souvent fait écho à nos propres manières de conter. Ces récits qui viennent ponctuer le livre et qui auraient été compilés par un certain Tancrède Livin nous rappelle que les mythes peuvent servir à unir ou à dominer.
Jason S. nous prouve qu’il investit l’univers fantastique avec beaucoup d’intelligence narrative. Cette même technicité, on la retrouve également dans son dessin et sa mise en page. Il joue avec l’enchaînement de cases sans se soumettre à des normes. Un dessin peut en cacher un autre et la lecture horizontale se laisse parfois compromettre par des envies de verticalité. Des couleurs séduisantes et un design moderne contrastent avec l’univers médiéval dont Jason S. et Yann Cavalier semblent parfois s’inspirer. Le Feu Monde est une bande dessinée qui s’approprie le genre avec beaucoup de savoir-faire.
