Le Brigittines Summer Festival vient de fermer ses portes. Sous la houlette de Charles Vairet, le nouveau directeur des lieux, le festival a été pensé pour attirer de nouveaux publics privilégiant les œuvres incarnées et dramaturgiques et proposant des prestations dans l’espace public.
Créé il y a plus de 40 ans, sous le nom Festival Bellone-Brigittines avant de devenir le Brigittines International Festival, il s’appelle maintenant Brigittines Summer Festival. Le changement ne se limite toutefois pas au nom puisque le festival n’est plus présenté comme international.
Le festival international tel qu’il existait avant, c’était un petit peu le temps fort de l’année, selon Patrick Bonté (l’ancien directeur, NDLR), et puis c’était le festival international. Ce que ça racontait, c’était d’abord et avant tout une dimension internationale. « Or, moi j’ai construit vraiment le projet de programmation et de direction artistique des Brigittines comme une saison pleine, explique Charles Vairet, là où la saison des Brigittines était peut-être moins forte, et il y a plus de représentations aujourd’hui en saison qu’il y en avait avant. J’ai construit une sorte de succession de temps forts et des festivals, donc tout est temps fort, tout est festival en saison, et le seul objet pré-existant qu’on a gardé, c’était ce fameux festival d’été. »
Il ajoute : « Dans la mesure où la programmation internationale est complètement imbriquée avec la programmation belge pendant toute la saison, où il y a des artistes de partout de l’étranger pendant la saison comme l’été, Je ne suis pas forcément attiré par le fait de mettre en valeur la dimension internationale en tant que telle. Parce que ce n’est pas forcément quelque chose qui a une valeur en soi. Parce qu’à Bruxelles, tout le monde est international. Parce que les artistes belges ne sont pas toujours belges. Rarement belges au final. »
Ce qui importait au programmateur, c’est de mettre en avant la dimension estivale du festival. Qui dit estivale, dit accessibilité, dit famille, dit quelque chose qui soit peut-être plus mainstream, plus grand public, plus proche des gens, d’un public parfois éloigné. Aussi parce que les endroits d’expérimentation, ont été mis ailleurs. Le festival On The Edge, c’est un festival expérimental. Le festival Brigitte en novembre est consacré vraiment aux artistes de la Fédération Wallonie Bruxelles. Ce ne sont quasiment que des premières. « Ça ne veut pas dire que la qualité s’en ressent, conclut-il. Mais j’ai envie de penser un peu autrement l’été. »
Autre changement d’importance qui répond en partie à la question : est-ce un festival qui clôt la saison ou est-ce un festival qui ouvre la saison ? Désormais, le festival se tiendra en fin de saison soit du 18 juin au 4 juillet en 2027. « Une des raisons du déplacement du festival, explique Charles Vairet, c’est le fait que nous avons énormément développé la médiation, le lien avec les publics et qu’avec un festival qui commence en juin ou plus tard, on pourra faire le lien avec les publics captifs, les associations, etc. En travaillant sur le long terme. Là où en août on est un peu bloqué parce qu’on arrête en juin, août est au milieu d’un peu nulle part. De plus, ça permet d’imaginer qu’on ouvre une terrasse 15 jours avant le début du festival et qu’on rentre dans un cycle d’été, qu’on travaille sur un investissement de l’espace public aussi pendant le temps du festival»
De plus, les théâtres arrêtent leur saison à mi-juin ce qui laisse de la place pour créer un moment fort. Et d’ajouter, « sur un plan plus organisationnel, déplacer le festival en juin me permet d’avoir plus de souplesse sur la gestion des heures supplémentaires l’été et puis ça me permet aussi d’ouvrir à une saison plus tôt. On ouvre la saison 26-27 mi-octobre, parce qu’on a un festival l’été. Mais si on a un festival en juin, on reprend la saison en septembre. Donc on retrouve un cycle plus standard, plus habituel. Mais puis on ouvre à d’autres types de manières de faire et notamment dans l’espace public. »
Mais déjà cette année, le point commun entre les artistes programmés n’est pas sur le fait que ce soit international, le point commun, il est sur une identité artistique, sur une créativité. « Je n’ai pas envie d’avoir un festival international, précise le programmateur, et si je mets un Belge, je me mets en contradiction avec le nom du festival, c’est absurde. Et les Belges qu’on programme sont comme tous les Belges. C’est Bérengère Bodin, française installée en Flandre depuis 30 ans, interprète de Platel, et Ivan Fatjo (Like the full moon says). Yvan, je ne sais plus de quel pays il est, mais… Installé à Bruxelles depuis toujours, un des interprètes fétiches de Joseph Nadj. Ce sont des Belges, pas Belges, c’est Bruxelles… Ville cosmopolite par excellence. Mais je suis plus attiré par l’idée de d’explorer des écritures, des intentions. Je suis plus attiré par l’envie de faire des choix à partir de propositions d’artistes qui ont des choses à raconter, qui sont traversées par quelque chose qui est largement au-delà des définitions. »
Le Festival d’été des Brigittines, se situe entre danse, cirque et théâtre physique, et s’assume comme tel. Le socle commun c’est le mouvement, mais surtout d’avoir les choses à dire, de toucher à l’émotion, de faire des beaux spectacles. Et puis, la dimension internationale est implicite. Le festival présente des spectacles français, flamands, néerlandais, italiens, etc. C’est plutôt un festival européen.
La sélection a donc été basée sur d’autres critères. Le directeur se dit « plus attiré par le propos que par le concept. Ce qui m’intéresse c’est que les gens ont des choses à raconter et qu’ils les racontent bien quel que soit le médium Mais je ne suis pas attiré par le geste pour le geste. Je ne suis pas attiré par la conceptualisation du mouvement. Moi ce qui m’intéresse c’est qu’on touche les gens au ventre. Ce qui n’empêche pas de les toucher par la tête. Mais le mouvement, la qualité de jeu, elle est au service de toutes choses qu’on a à raconter. » Et d’ailleurs, la saison prochaine a été placée sou le signe de l’intelligibilité, la capacité à être saisi, à raconter quelque chose qui puisse toucher un public qui ne soit pas forcément toujours le plus érudit.

Charles Vairet illustre son propos : « Bérengère Bodin et Yvan Fatjo, est-ce que c’est de la danse ? Si vous le voyez, vous allez peut-être vous poser la question. Ce sont des danseurs extraordinaires, mais ils sont tellement bons que ce qu’ils font n’a plus besoin d’être défini. Parce que Bérengère, elle grimpe sur scène, elle passe, et vous avez l’impression qu’elle a tout. Et que ça se voit. Et des gens comme elle sont rares. Oui. Je vous parle d’elle comme je pourrais vous parler de choses qui sont plus formelles. Après, le but c’est qu’il y en ait pour, entre guillemets, tous les goûts. Shiraz de Armin Hokmi, je trouve ça magnifique. On est beaucoup plus dans une forme de formalisme, dans le chorégraphique, mais rempli de quelque chose qui est profondément émouvant. C’est un spectacle qui tourne dans les grosses maisons de danse un petit peu partout en Europe. Andrea Costanzo Martini, l’italien, c’est un excellent danseur. Il a cultivé un esprit qui pourrait se rapprocher de celui des Monty Python. C’est vraiment très très marrant. »
Pour conclure, il évoque la situation géographique et urbaine des Brigittines. « Nous sommes dans une sorte de no man’s land urbain entre le park la nouvelle aire de jeu et la tour affreuse derrière qui est remplie d’un univers social terrible et qui est dans un état catastrophique. Ici, il n’y a rien. Il y a nous, espèce de vaisseau spatial très prestigieux, devant lequel ils passent tout le temps, ils ne savent même pas ce qu’on est. Il n’y a pas un seul endroit ici où c’est écrit en gros dehors que ça s’appelle les Brigittines, que c’est un théâtre et qu’on y fait de la danse. Ça, ça va changer. Là, on a le meilleur spot de Bruxelles. Vous voyez les trains ( la ligne de chemin de fer sort à cet endroit de la jonction nord-midi, NDLR)? Il y a 300 000 personnes qui passent par jour devant les Brigittines. C’est fâchant. Ce qu’on a à jouer, c’est notre intégration dans un espace social, dans un espace humain, traversé par les gens qui savent pourquoi qu’ils viennent. La programmation d’un festival, c’est un bout de quelque chose qui est un chemin qui prend du temps, mais qui est traversé par une idée essentielle qui est de faire vivre aux gens des instants extraordinaires. »
