De Gaston Leroux
Mise en scène Daphné D’Heur
Avec Colette Coenraets, Cyril Collet, Emmanuel Dell’Erba, Claudine Gourdin, Antoine Guillaume, Nelson Lizé, Romina Palmeri, Héloïse Poulet, Jérémy Vliegen
Et les danseuses du Centre de danse Choréart : Elise Bouchez, Romane Chevalier, Maya De Bruyne, Rebecca Finotello, Chiara Gardenal, Nina Goldschmidt, Elisabeta Marmysh, Auriane Van Cuyck
Du 6 novembre au 6 décembre 2025
Au Théâtre Royal du Parc
Vibrer de peur mais aussi de bonheur ! Avec Le fantôme de l’opéra, classique de la littérature, exploré à de multiples reprises au cinéma et sur scènes, Thierry Debroux et Daphné D’heur offrent un spectacle réjouissant, où se mêle danse, musique, envolées lyriques et théâtre.
« Un mystérieux fantôme hante les couloirs de l’Opéra de Paris. Amoureux fou d’une jeune chanteuse, il lui enseigne secrètement l’art de développer son chant, afin qu’elle prenne la place de La Carlotta, dont il ne supporte pas la voix. » Mais la passion brûlante entre la jeune artiste et Raoul de Chagny attisera la colère terrible de l’homme masqué.
La pièce commence avant même que le rideau se lève. Nous ne sommes plus au Théâtre Royal du Parc à Bruxelles mais à Paris, au cœur de l’Opéra Garnier. Une mise en garde est lancée : le fantôme rode quelque part, parmi nous. Dans un jeu de lumières, la scène se révèle et ses décors éblouissent, tandis qu’une voix d’homme étrange prolonge la torpeur. Les premières notes de La lamentation de Didon de Purcellse jouent et l’interprétation de Romina Palmeri, alias Christine Daaé, nous transporte.
Immersion saisissante dans l’univers de l’Opéra
Sur scène, les personnages évoluent au cœur et autour de deux immenses portes coulissantes. Un dispositif modulable qui rend les transitions entre les scènes fluides et rythmées. D’une salle de danse, à la loge d’une chanteuse jusqu’aux sous-sols de l’opéra, la chorégraphie du décor est aussi fantastique que celle qui a lieu sur scène. Un grand escalier noir, lui aussi pivotant, supplante le tout et donne à voir les allées et venues du fantôme, flottant dans les airs. En bas, quelques individus anonymes vêtus de noirs courent et se confondent avec la créature mystérieuse. Ces derniers sont en réalité les machinistes, qui permettent à la scène de prendre ses multiples formes. Cette vision des coulisses d’un autre temps crée une immersion intéressante : nous assistons à un opéra et nous sommes dans le même temps embarqué dedans, dans ses plus profonds secrets et entrailles.

Le fantôme de l’opéra brille aussi par son travail minutieux de la lumière et de la musique. Le jeune compositeur Dario Delbushaye signe avec Daphné D’heur, sa mère, une bande sonore éclectique, entre classiques du répertoire lyrique et sound design. L’ambiance familiale de la pièce se ressent aussi dans le lien particulier qui unit Colette Coenraets, fondatrice et directrice du Centre de danse Choréart, alias La Sorelli, avec les jeunes danseuses sur scène qui sont aussi ses propres élèves. La légèreté et le talent prometteur de ces dernières, mais aussi leurs quelques maladresses techniques, rajoutent une dose de sensibilité et de poésie au spectacle.
Drôle, aussi !
Au-delà de la puissance de son exécution, l’adaptation se révèle aussi un peu espiègle. Le ton est délicieusement contemporain et teinté d’humour, comme lorsque La Carlotta clame haut et fort « Lakmé !? Qu’est-ce que c’est que ce nom ? Ça ne marchera jamais. » Une pointe de légèreté mordante qui fonctionne bien avec la noirceur ambiante. Car Le fantôme de l’opéra, c’est avant tout un thriller haletant, où l’amour se confond avec une jalousie destructrice qui mène jusqu’à la mort. L’homme derrière le masque y révèle ses failles les plus intimes et dévoile sa complexité.
En plus de faire craindre l’apparition de la créature sous son siège, Le fantôme de l’opéra offre une exploration moderne et réussie d’un univers fantastique et légendaire. Un spectacle hors du temps, multiple et riche, où l’alchimie du collectif se fait clairement ressentir.
