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    Le Diamant du Nil : une suite plus faiblarde

    Il y a 40 ans, lors de la première semaine d’avril 1986, sort Le Diamant du Nil de Lewis Teague. Après l’énorme succès d’A la poursuite du diamant vert, une suite est très vite envisagée mais, comme le premier volet, celle-ci ne se fera pas sans quelques difficultés. 

    Car au départ, la réussite d’A la poursuite du diamant vert est une surprise pour les dirigeants du studio. Un scénario écrit par une inconnue, un producteur aussi acteur – Michael Douglas – qui n’a presque rien fait depuis le début de la décennie ainsi qu’un réalisateur qui sort de deux échecs comme réalisateur (Crazy Day et La Grosse magouille) mais aussi en tant que scénariste avec le bide culte de Steven Spielberg, 1941. Tout le monde est tellement sûr du futur échec du film, qu’avant même sa sortie, Zemeckis est renvoyé du film Cocoon qui est en préparation. Mais dans les années 80, où le film d’aventures est remis au goût du jour suite au succès d’Indiana Jones, le film est un vrai succès au box office et auprès des critiques (même si certains accusent le film d’être un plagiat féminin d’Indiana Jones, ce qui sera réfuté rapidement car le film a été écrit avant la sortie du premier volet). 

    A la poursuite du diamant vert

    Qui dit succès, dit bien sûr suite mise en chantier directement. Mais entre temps, Robert Zemeckis n’est plus disponible, il travaille, grâce à ce succès, sur un projet qui lui tient à cœur depuis longtemps, l’histoire d’un jeune homme qui voyage dans le temps (oui, on parle bien de la cultissime saga de Retour vers le futur). De même, la scénariste “inconnue”, Diane Thomas n’est pas consultée sur le scénario de cette suite sous prétexte que, comme Zemeckis, elle est maintenant dans le giron de Spielberg et sa boîte de production Amblin. Au vu de la tournure que prennent les événements, Michael Douglas et Kathleen Turner ne souhaitent pas reprendre leur rôle mais le studio leur rappelle leurs obligations contractuelles. 

    Diane Thomas

    Si Douglas se conforte de cette obligation en étant une nouvelle fois producteur du film, Turner veut à tout prix se retirer du projet car elle trouve le scénario complètement idiot. Elle est alors menacée d’une indemnité de 25 millions de dollars pour rupture de contrat. Malgré tout, Douglas intervient en sa faveur et accepte la réécriture du scénario de Mark Rosenthal et Lawrence Konner. La réécriture est reprise par les script doctors Ken Levine et David Isaacs qui se font, cette fois, aidés par Diane Thomas revenue en tant que consultante. Pour la remercier, Michael Douglas lui offrit d’ailleurs une voiture de son choix, voiture dans laquelle elle trouva la mort dans un accident six semaines avant la sortie du film. Sa carrière était pour sur le point de démarrer car elle travaillait sur Always de Steven Spielberg (qui sortira en 1989) et sur un projet de troisième volet d’Indiana Jones qui se serait déroulé dans une maison hantée (concept suggéré par George Lucas mais finalement refusé par Spielberg qui trouvait que ça ressemblait trop à son film précédent, Poltergeist).

    Kathleen Turner et Michael Douglas

    Malgré tout, le scénario ne convainc toujours pas Kathleen Turner qui dira lors d’une interview en 2018 : « … finalement, j’ai lu le scénario dans un avion pour le Maroc, où le film était tourné, et j’étais furieuse. Il ne contenait pas ce que Michael avait promis. Arrivés à l’hôtel à Fès, Michael et moi nous nous sommes assis par terre avec trois versions du scénario. Nous échangions des pages pour trouver une version acceptable pour nous deux. C’était du genre : « Je fais ceci si tu fais cela. » C’était frustrant. ». 

    Et ce n’était pas la fin des galères. Deux semaines avant le début du tournage, lors de repérages, l’avion qui transporte Richard Dawking (chef décorateur) et Brian Coates (directeur de production) s’écrase dans la campagne marocaine, les tuant tous les deux sur le coup. 

    Lewis Teague

    Ensuite, le tournage est épuisant, sous une chaleur insupportable de 49°. Les difficultés de travailler avec les techniciens locaux ou encore les nombreux pots-de-vin exigés pour tout transport de matériel mettent en permanence la pression sur toute l’équipe du film. Mais les doutes de Turner sur cette suite se confirment au vu de la gestion du tournage par le nouveau réalisateur, Lewis Teague. S’il a été remarqué pour ses deux films mettant en scène un animal tueur dans L’Incroyable Alligator et surtout l’adaptation ciné du roman de Stephen King, Cujo ; Lewis Teague n’est pas vraiment à l’aise dans les scènes d’action que nécessite une grosse production comme Le Diamant du Nil

    Michael Douglas dans Chute libre

    Un jour, Michael Douglas piqua même une colère mémorable après avoir vu qu’il n’y avait pas de pellicules dans la caméra alors que la préparation d’une scène de nuit avait duré des heures. L’acteur-producteur fut même étonné qu’au final le tournage n’est pris que trois semaines de retard. Et enfin, une dernière pour la route : à bord d’un jet privé les amenant sur un lieu de tournage, l’aile de l’appareil qui transporte Michael Douglas et Kathleen Turner heurte la piste lors d’un atterrissage un peu brutal et il s’en est fallu de peu que la nécrologie du projet ne s’allonge. 

    Michael Douglas, Kathleen Turner et Danny De Vito

    Au final, à la sortie, le public est à nouveau au rendez-vous, l’alchimie du duo Douglas-Turner est intacte mais les fêlures apparaissent. La présence de Danny De Vito est seulement justifiée par un apport comique au film (et peut-être aussi au fait qu’il est un grand ami de Douglas et son ancien colocataire) ; la sincérité du propos laisse place à la parodie ; et les scènes d’action, hormis la fuite à travers la ville à bord d’un avion de chasse qui ne décolle pas, ne fonctionnent pas vraiment. 

    La scène de l’avion à travers la ville

    Mais comme le succès est au rendez-vous, une suite est tout de même envisagée avec toujours Michael Douglas, Kathleen Turner et Danny De Vito. Le titre annoncé était L’Aigle pourpre et devait suivre les aventures du couple et de leurs enfants adolescents en voyage en Thaïlande où ils sont contraints, sous la menace, de voler une statue inestimable. Cette suite ne verra jamais le jour mais le trio retravailla tout de même ensemble dans La Guerre des Rose, réalisé par Danny De Vito et dont Douglas et Turner occupent les rôles principaux.

    Michael Douglas et Kathleen Turner dans La Guerre des Rose

    Finalement, dès 2007, la Fox envisage cette fois un remake du premier volet avec Gérard Butler et Katherine Heigl avant de partir sur un projet de série en 2011. Mais malgré l’envie d’Hollywood de ressusciter les succès des années 80, rien à l’horizon quinze ans plus tard. En même temps, est-ce encore une suite qui est attendue par le public actuellement ? Et est-ce que ce n’est pas mieux de laisser ces deux films là où ils sont sans pour autant y donner une suite qui serait de toute façon sûrement médiocre ?

    Loïc Smars
    Loïc Smarshttp://www.lesuricate.org
    Fondateur, rédacteur en chef et responsable scènes du Suricate Magazine

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