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    Le compte à rebours de la réouverture du Musée d’Ixelles est lancé

    Après huit ans de fermeture pour cause de travaux d’extension, de rénovation et d’amélioration énergétique, le Musée d’Ixelles annonce sa réouverture. Dans un an, jour pour jour, lors d’un week-end festif du 19 au 21 mars 2027, auront lieu les retrouvailles de l’institution avec ses publics, ses partenaires et les artistes qui l’ont accompagnée au fil des années. Un moment collectif dans une histoire longue de 135 ans qui s’ouvre sur l’avenir.

    Mars 2018, le Musée d’Ixelles organise un événement baptisé « Last Call », à l’occasion de la fermeture du musée pour une durée prévue de quatre années, qui rassemble 6.000 visiteurs sur trois jours. Ce succès a montré la place importante qu’occupe le musée dans le paysage culturel bruxellois. La crise du Covid, l’envolée des prix des matériaux suite à l’envahissement de l’Ukraine par la Russie et plusieurs ajustements de chantier ont considérablement allongé la durée des travaux. Lorsque le bout du tunnel sera atteint, dans un an exactement, le chantier se sera prolongé sur huit années.

    Mais pendant les travaux, le musée a continué à exister et ce temps long de fermeture a été mis à profit par les équipes du musée pour faire de sa réouverture un nouveau départ. Pour Claire Leblanc, directrice-conservatrice du musée, « il ne s’agit pas seulement d’une annonce de calendrier, mais d’un point de bascule, d’un moment charnière dans la vie du musée qui permettra d’écrire un nouveau chapitre de son histoire ». Dès le départ, l’équipe du musée a appréhendé la période de fermeture comme un projet à part entière.

    Le musée de demain

    Les grands axes stratégiques qui ont guidé l’action du musée pendant ce temps suspendu concernaient d’abord un travail scientifique de fond inédit sur la collection, qui compte pas moins de 15.000 œuvres, et sa gestion. Avant 2018, l’inventaire reposait sur des registres historiques, un système de fiches papier et quelques documents numériques dispersés. Un recolement (vérification et pointage sur inventaire) complet de la collection a été entrepris. Œuvre après œuvre, pendant plusieurs années, les informations techniques ont été vérifiées notamment sur l’état de conservation des œuvres, des ensembles majeurs dont les affiches d’Henri de Toulouse-Lautrec (le musée possède l’intégralité de la production lithographique de l’artiste, privilège qu’il ne partage qu’avec le Musée Toulouse-Lautrec d’Albi) ont été reconditionnés et réencadrés, des photographies documentaires ont été réalisées et les données encodées dans une base informatique. Désormais, le musée dispose d’un inventaire numérique complet de son patrimoine qui constitue avant tout un outil de travail mais, en association avec le projet régional d’inventaire Urban Brussels, donne également accès à une partie de la collection.

    L’organisation et les conditions de conservation des œuvres ont également été repensées. Les espaces ont été réaménagés pour améliorer les conditions de conservation (température, hygrométrie…), la sécurité et la gestion des mouvements d’œuvres. Dans la foulée, le musée a mis en place un Plan de Sauvegarde des Œuvres (PSO), un document qui oriente les décisions à prendre lors d’une situation d’urgence (incendie, inondation, émeute, guerre…) afin de garantir la préservation et l’intégrité des œuvres. « La fermeture est une chance, souligne Claire Leblanc, c’est une chance d’en sortir aussi. Elle nous a permis de consacrer du temps hors du temps de gestion à ces réalisations ».

    Musée d'Ixelles, réserves
    Les réserves du musée ont été complètement réaménagées pour améliorer la sécurité et la gestion de la collection. © Musée d’Ixelles, Museum van Elsene

    Autre axe stratégique, des activités hors les murs ont été développées en Belgique et à l’international pour maintenir le lien avec les publics et expérimenter des projets innovants. Des œuvres ont ainsi circulé dans des musées et institutions partenaires en Europe rencontrant un succès incontestable. Plus de 150.000 visiteurs ont pu découvrir les richesses du musée au travers d’une vingtaine d’expositions itinérantes de l’Allemagne à l’Angleterre en passant par la Suède, le Danemark, les Pays-Bas, l’Espagne ou la France.

    Mais le quartier n’a pas été oublié puisque l’opération « Musée comme chez soi » a mobilisé une centaine de foyers pour accueillir, le temps d’un week-end, une pièce de la collection et partager cette expérience avec des visiteurs. Autre initiative pédagogique et participative, le projet « Wheelie » consiste à sillonner les écoles bruxelloises sur un vélo aménagé pour proposer des ateliers créatifs et des animations autour de l’art et de la collection. « Le carnet de bal du Wheelie est overbooké, sourit Claire Leblanc, nous allons le conserver. » De nouvelles formes de médiation numérique ont également été expérimentées comme une visite virtuelle à destination des publics éloignés de l’offre culturelle comme les résidents de maison de repos ou les enfants hospitalisés.

    Enfin, un travail stratégique d’envergure a été entrepris afin de repenser en profondeur l’identité, y compris visuelle avec l’adoption d’un nouveau logo assorti d’une baseline (Art, Expo & More), et le positionnement du musée. Il en est sorti un projet scientifique et culturel qui redéfinit les grandes orientations de l’institution tout en consolidant ce qui constitue son ADN depuis 135 ans : l’échelle humaine, l’accessibilité physique, intellectuelle, sociale et culturelle, la relation avec les artistes et les publics et une programmation exigeante mais accessible.

    Le musée d’Ixelles a ouvert ses portes en 1892 et a créé au cours de son histoire un récit fort et continu de l’histoire de l’art en Belgique qu’il entend poursuivre. Les 15.000 œuvres de la collection constituent un ensemble majeur consacré à l’art belge du XIXe siècle à nos jours. L’art belge constitue en effet le fil rouge de ce riche panorama – peinture, sculpture, dessin, estampe, affiche, photographie, vidéo et installation – de deux siècles de création artistique et de mutations culturelles mais il évoque également, en permanence, le dialogue avec les grands mouvements internationaux.

    Près de 80% des œuvres ont été réalisées par des artistes actifs en Belgique. La collection d’affiches, découlant d’un premier don de 500 affiches en 1906 suivi d’autres qui ont porté le total à 1.000 pièces aujourd’hui, constitue une exception puisque 70% des artistes y sont étrangers. Même chose pour la collection d’art ancien issue d’un don reçu en 1895 qui est composée principalement d’œuvres d’artistes d’Europe du Nord et de maîtres italiens. Tous ces éléments éclairent l’héritage artistique dans lequel s’inscrit la tradition moderne.

    La collection a, en effet, été construite de façon organique et réfléchie par le biais de legs et d’acquisitions. Il n’est pas question d’accumuler pour accumuler, de faire entrer l’inutile, mais de consolider la logique amorcée. Certains dons peuvent ainsi être refusés ou réorientés vers d’autres institutions s’ils n’entrent pas dans la cohérence de la collection. Ce qui n’empêche pas de se réinterroger et se corriger le cas échéant, à propos, par exemple, de la sous-représentation féminine. Ainsi, entre 2002 et 2025, 33 œuvres contemporaines réalisées par des femmes artistes ont rejoint la collection. L’ambition du musée est de continuer à raconter une histoire juste.

    Les travaux

    C’est un chantier titanesque dont les objectifs étaient l’amélioration de l’accueil des publics, la modernisation de l’infrastructure pour créer les conditions optimales en matière de conservation de la collection, de sécurité et de performance énergétique, qui touche à sa fin. Les travaux se sont déroulés en deux phases. Entre 2018 et 2022, l’attention s’est portée sur l’amélioration de l’accueil.

    Une extension a été rendue possible par l’acquisition, déjà en 2009, du bâtiment situé au numéro 75 de la rue Van Volsem. La façade a été conservée tandis que de nouveaux espaces étaient créés : espace polyvalent pour conférences, projections ou réunions, espace pédagogique (les animations se faisaient jusque là dans les salles d’exposition), ateliers techniques internes, terrasse et jardin de détente. Un espace vert est en effet aménagé afin d’offrir un moment de respiration aux visiteurs, mais pas seulement puisque ces espaces sont accessibles à tous, indépendamment de l’accès au musée. L’entrée du musée jugée étriquée a été complètement transformée en un accès spacieux et lumineux. Un espace café, avec une grande terrasse, une boutique muséale, des vestiaires et sanitaires rénovés seront opérationnels dès la réouverture du musée afin d’améliorer le confort des visiteurs.

    Croquis espace extérieur
    Un pocket park, espace vert propice à la détente accessible à tout un chacun sera aménagé, effaçant la frontière entre le musée et le quartier. © Trio architecture

    Les responsables du musée d’Ixelles ont également souhaité poser un geste artistique fort visible dès l’entrée. Un large appel à création a été lancé et a récolté 144 candidatures parmi lesquelles le projet de Tatiana Wolska, artiste polonaise basée à Bruxelles, a été retenu. Son œuvre, suspendue au-dessus des espaces boutique et café, a été réalisée à partir de matériaux simples, des rebuts, des bouteilles en plastique transformées en formes organiques. Une collecte des bouteilles s’est étendue sur six mois mobilisant habitants, écoles, personnel communal et partenaires. Ce travail singulier est un geste de transformation qui fait écho à la transformation du musée auquel s’ajoute la dimension participative.

    Tatiana Wolska
    Tatiana Wolska a créé, à partir de bouteilles en plastique, une oeuvre aux formes organiques qui surplombe les espaces café et boutique. © Vincent Everarts

    La deuxième phase, entre 2022 et 2026, visait l’amélioration des infrastructures et des performances énergétiques. Des interventions, invisibles, ont été effectuées sur l’ensemble des isolations, façade et toitures, les châssis et verrières, le système de chauffage, ventilation et climatisation, le contrôle hygrométrique tandis que des panneaux photovoltaïques sont placés sur le toit. La réalisation des travaux a révélé quelques surprises comme dans l’espace consacré à l’exposition permanente, où le principe de circulation en alcôves sera maintenu, dont les anciens supports de poutres n’étaient pas correctement dimensionnés entraînant la dégradation des points d’appui. Une nouvelle charpente porteuse a été placée au-dessus de la structure actuelle qui reste visible comme témoin du passé architectural.

    La salle des fêtes qui accueille les expositions temporaires, deux expositions par saison sont prévues, a connu quelques parachèvements, le sol, les plafonds acoustiques, les stores motorisés, un éclairage LED. Une ancienne fosse d’orchestre autrefois recouverte est mise en valeur et intégrée dans la salle comme espace de pause. Une deuxième galerie a été ouverte avec la construction d’une deuxième volée d’escalier qui permet de monter sans devoir sortir de la salle.

    Musée d'Ixelles ancienne salle des fêtes
    L’ancienne salle des fêtes qui accueille les expositions temporaires ne fera plus figure de piscine acoustique grâce à une isolation ad hoc. © Vincent Everarts

    Le budget global des travaux de rénovation et d’agrandissement s’élève à 11.150.000 euros TVAC alors que le budget initial portait sur 4 millions d’euros. La commune d’Ixelles intervient pour environ 5 millions, le solde étant financé par des fonds européens via le plan de relance (le PRR, Plan pour la Reprise et la Résilience). Plusieurs legs privés ont également contribué au projet : legs Aline Bara (1 million) pour l’acquisition du bâtiment et le legs Lydie et Albert Demuyter (500.000 euros) pour les travaux.

    À un an de la réouverture officielle du musée d’Ixelles, le chantier est maîtrisé, les travaux devraient être achevés à l’automne 2026. Mais les équipes ont encore du pain sur la planche en matière de clarification et de repositionnement. Toute la place sera donnée à la collection et de nouvelles acquisitions sont envisagées, un budget biennal de 180.000 euros est prévu à cet effet. De quoi renforcer le rayonnement du musée, vision amorcée par la collection elle-même : « Le Musée d’Ixelles se conçoit comme un lieu vivant, ouvert et accueillant — un espace où l’art se découvre, se questionne et se partage ». C’est une matière vivante, en évolution, qui alimente un dialogue constant entre le passé et le présent et s’ouvre résolument sur l’avenir.

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