Titre : L’art d’avoir toujours raison quand on est de gauche
Auteur : Thomas Guenolé
Éditions : Editions du Rocher
Date de parution : 19 novembre 2025
Genre : Humour
Quand tu te retrouves dans Touche pas à mon poste ! (TPMP), sur le plateau de Cyril Hanouna et que tu es de gauche, tu as intérêt à prendre tes gants et à ne pas les oublier au bord du ring. Parce que ring ce sera, en particulier si tu es connu pour tes positions de gauche, et même engagé pour cela. Thomas Guénolé fut dans ce cas-là, en 2024, et c’est ainsi qu’il appris à se défendre et à contre-attaquer, pour ne pas être laissé sur la touche. L’art d’avoir toujours raison quand on est de gauche nous met dans la peau de l’auteur, sur un plateau prêt à en découdre.
La couverture de L’art d’avoir raison quand on est de gauche vise à la fois en plein dans le mille et est en même temps un peu racoleuse. En plein dans le mille parce qu’elle est rouge, qu’il y a le mot gauche bien en vue et un vieux barbu (Marx ? Engels ?) avec des gants prêts à se battre. Et un peu racoleuse pour les mêmes raisons. N’ouvrez peut-être pas ce livre si vous pensez qu’il sera question du Capital, du Grand Soir ou même simplement pour apprendre à vous défendre si vous êtes un bobo de gauche bien sous tous rapports qui ne reste qu’avec des bobos du même acabit. N’ouvrez pas non plus ce livre si vous affirmez être de gauche, être fier de prendre de la coke et jurer cyniquement à chaque fin/début de phrase. Rachetez-vous simplement une conduite politique porteuse d’espoir avant d’oser seulement ouvrir ces pages d’entrer sur le ring.
Thomas Guénolé n’a pas les clés pour livrer séance tenante les stratégies que doivent mener les mouvements de gauche pour gagner la Présidentielle 2027 en France, après leur victoire suite à la dissolution de l’Assemblée Nationale par Macron. Ou s’il les a, ce n’est pas de cela qu’il parle ici. Son ambition est plus simple, terre à terre : comment ne pas se faire écraser à Noël par votre famille de droite. Les 16 stratagèmes exposés dans ce livre d’une cinquantaine de pages, reprenant le même fil que Schopenhauer en 1831, se basent uniquement sur ses joutes audiovisuelles avec Hanouna et consorts. En fait, presque davantage qu’un livre sur la gauche, c’est un livre pour apprendre à débattre, raisonner et clouer le bec aux autres quand tu as des idées de gauche. Un art de la rhétorique pour apprendre à construire son récit en quelques secondes, dans la même voie mais peut-être à l’opposé du spectre politique d’un Bertrand Périer et son livre La parole est un sport de combat.
Je ne suis pas familier de TPMP ni de Cyril Hanouna. Mais j’ai entendu parler de son manque de tact, de ses idées populistes, de son manque de nuance et de complexité, de sa course à l’audimat d’extrême droite, du tout est bon à prendre dans le registre du sexisme/racisme tant que cela crée le buzz. Dès lors que peut-on faire, quand on s’appelle Thomas Guénolé, pour créer une contre-proposition. Il a essayé avec les chiffres et les phrases longues. Très vite, ou par peur de perdre son boulot, on lui fit comprendre qu’il devait suivre le chemin opposé. La phrase la plus courte possible, la plus percutante, et si chiffre il y a, le plus marquant, le temps de rendre muet son adversaire et donc de gagner quelques secondes d’antenne pour lui, pour la gauche, soutenu par les grands auteurs qu’il mentionne pour rajouter du crédit à son propos.
Est-ce que Thomas Guénolé se la joue un peu héros/héraut de la gauche ? Oui, sûrement un peu, mais il assume tout, et se persuade (on ne peut que le croire sur parole vu que nous ne l’avons jamais vu à la manœuvre) avoir été plus utile à oser affronter ses adversaires et leurs idées sur leur terrain, dans une émission de droite (très très à droite) que le gaucho le plus indigné qui ne veut pas tendre le micro à l’ennemi. Sur ce point, l’auteur voit juste, et s’en prenant à Bourdieu (ou l’idée que Guénolé se fait du personnage décrit comme « anti télé »), il annonce et prédit ce moment où enfin, internet et ces manières de séduire l’audimat par des vidéos ou des images générées par AI seront comprises, ingurgitées et reprises par les forces de gauche. Pour ce faire, il ne faut pas tomber dans les coups sous la ceinture, nous dit l’auteur, mais plutôt viser la même simplification formelle pour accrocher l’audience et pour porter des valeurs de justice sociale, de partage pour les plus pauvres et d’entraide. Pour une nouvelle gauche, joyeuse et qui rend les coups avec des gants de boxe rembourrés (pour ne pas faire trop mal), une gauche qui croit en des lendemains qui chantent et qui osent le crier sur tous les toits, ou au moins dans le titre d’un petit manifeste rouge.
