Titre : L’amour en mer
Auteur.ice : Clément Villaume
Edition : La Musardine
Date de parution : 12 juin 2025
Genre du livre : Roman érotique
Dans L’amour en mer, Clément Villaume souhaite écrire l’histoire d’une utopie : la traversée de l’Atlantique par des gens jeunes et ouverts sexuellement pour s’explorer en long et en large. Maria, Baptiste, Suraj, Ernestine, Alice sont les 5 personnes qui s’y tentent, bientôt rejoints par Romy, pour vivre une chaude virée à travers cet océan qui prend toute la place. « La République populaire de la baise libre » est en marche.
Villaume ne cherche pas la complexité ou l’ambiguïté et c’est tout à son honneur : la trame de L’amour en mer résumée ci-dessus est exactement ce que vous lirez en ouvrant l’ouvrage, pas plus ni moins. Du sexe, il y en aura beaucoup, écrit avec suffisamment d’expertise que pour faire le job, se renouvelant toujours dans la forme (les partenaires changent, les jeux aussi) sans que cela soit manifeste. C’est ce qu’on attendait en commandant cet ouvrage aux éditions La musardine.
L’utopie ne reste cependant qu’imaginaire, provenant du fantasme de son auteur enjaillé par la mer, lui-même se décrivant comme « voyageur et reporter indépendant ». Si les scènes de baise sont suffisamment espacées pour qu’on reprenne notre souffle, l’écriture un peu lourdaude de Villaume vient refroidir les ardeurs. Chez lui, tout est sexuel, pas seulement les corps qui s’adonnent au plaisir. Son livre n’est donc que métaphores et jeux de mots plus ou moins adroits, faux proverbes et phrases courtes où tous les éléments (Daïra, le nom du voilier, la mer, le vent) ne sont que conduits par le cul, anthropomorphisés sous la forme d’un humain en rut.
On se demande si Villaume a tout à fait les épaules pour décrire un tel voyage, employant des concepts de manière maladroite, faisant crier haut et fort les derniers préceptes féministes aux différentes femmes présentes, au cas où on aurait pas compris qu’il en était aussi. Ernestine se sent ainsi « en sororité » avec Suraj qui se fait prendre un gode dans le cul par Maria. Suraj étant un homme, on se demande d’où vient la sororité ici. De même, Villaume ne semble pas tout à fait maîtriser la notion de bisexualité qu’il définit parfois comme de la lesbianité. Et si Suraj, encore lui, se masturbe devant un porno où des mecs se touchent, il est direct catalogué «homo ».
L’utopie est donc plus vue à travers les yeux de Villaume que d’après les vies de ses personnages qui ne sont que des pantins, sans réelle épaisseur psychologique. Croit-on vraiment à ce personnage d’Ernestine, décrite en 2 ou 3 phrases comme une catho puriste bientôt mariée à Charles, son unique et très mauvais amant, et qui se délecte de la culotte de Maria après quelques pages seulement ?
Si disputes il y a, elles sont factices et difficiles à appréhender. Cette bande de joyeux lurons décrète qu’ils et elles baiseront joyeusement durant la traversée. Très vite, Alice et Baptiste, capitaine du bateau, couchent ensemble. Alice apprend plus tard que Baptiste a une femme et des enfants. Baptiste couche avec d’autres sur le bateau également. Alice commence à râler. De tout ça, Villaume ne fait pas grand-chose. Il n’amène pas de réflexion (qui aurait pu être apportée par ses personnages) sur le consentement, la protection sexuelle contre les IST, la jalousie qui n’aurait pas lieu d’être si l’utopie était réellement en ligne de mire. L’amour en mer est donc à prendre aussi factuellement que son titre pour prendre son kiff.
