
Titre : Laïka, de la rue aux étoiles
Texte et dessin : Almudena Pano
Éditeur : Versant Sud
Date de parution : 5 septembre 2025
Genre : Album jeunesse
Laïka, de la rue aux étoiles est un album pour les enfants à partir de 5 ans. Avant d’envoyer un humain sur la lune, les deux grandes puissances américaines et russes se sont battues pour tester leurs machines spatiales. Les soviétiques, en 1957, lancèrent dans la course à l’espace un être vivant particulier : un chien errant ramassé dans les rues. La chienne, docile, qu’on prénomma Laïka et qui n’en demandait pas tant, fut soudain transformée en expérience scientifique. C’est son histoire qui est racontée.
Almudena Pano ne choisit pas la facilité avec cet album, qui raconte la souffrance animale utilisée pour les « bienfaits » technologiques de l’humanité. L’autrice-illustratrice décide de se mettre à la hauteur du chien, se faufilant entre les jambes des humains, espérant goûter un plat russe laissé au sol, comme des blinis. On la voit se promener dans la rue et on l’imagine dormir là où elle a bon. Pano décide de lui inventer une vie de saltimbanque épanouie avant sa capture manu militari et sans consentement aucun par une bande d’humains pressés de l’envoyer dans l’espace, sans l’espoir d’un retour…
Plus que de la souffrance, c’est de la mort qu’Almudena Pano parle. La mort d’un chien qui ne sait pas que sa vie est comptée, alors que les machines s’activent. En jouant sur le noir de la nuit que ce chien regardait en soufflant quand elle était libre, c’est après un dernier regard vers la Terre qu’elle s’éteindra. Pano la dessine comme en train de dormir, paisiblement, dans une grande double page, tandis qu’elle termine son récit dans une utopie stellaire en hommage à cet animal canin qui ne souhaitait sans doute pas mourir si jeune pour la gloire de la nation soviétique.
Pour raconter ce triste destin, et pour atténuer la douleur possible des sentiments, Pano se repose aussi sur les mots, qui ne décrivent jamais ce qu’elle dessine. Elle nous force à imaginer les interstices entre les images et le récit, ce qui permet de laisser de côté les trous d’ombre. Pour recréer l’URSS graphiquement, elle décide de s’appuyer davantage sur les mots que sur son dessin. Elle emploie la typographie Soyuz créée par Roman Gornitsky et parvient ainsi à injecter un « univers » russe dans l’album grâce à ces lettres au « R » élancé et aux majuscules inexistantes.
Dans Laïka, de la rue aux étoiles, Pano réussit l’exploit de parler d’une cause qui lui tient à cœur, de rendre hommage à ce chien envoyé au suicide, tout en laissant son beau dessin aux couleurs grises et délavées jouer avec notre imagination. Les images jouent avec le vide et le plein grâce à une technique particulière, la risographie. C’est un album qui permet aux enfants de se mettre dans la peau de l’animal, pour continuer à le chercher dans le ciel étoilé après la lecture.
